Âgé et malade, le général Enrique Monteverde (Julio Diaz) est sur le point d’être jugé pour génocide. Entre 1981 et 1983, alors qu’il était au pouvoir au Guatemala, un tiers de la population des Indiens Mayas-Ixiles a été massacrée par l’armée. Parmi les milliers de victimes, 38 % étaient des enfants de moins de 12 ans… Une nuit, le vieil homme est réveillé par le bruit d’une femme qui pleure. Apeuré, il prend un fusil et manque de tuer sa propre femme.

Si personne ne semble avoir entendu ces pleurs de femme, le personnel indien, apeuré, décide de partir. Le général, sa femme, sa fille et sa petite-fille se retrouvent enfermés dans leur maison, prise d’assaut par une foule de plus en plus dense, qui demande des comptes à l’ancien dirigeant. Vêtue de blanc, avec de longs cheveux noirs, une nouvelle bonne (María Mercedes Coroy) accepte de venir travailler pour eux… 

Une trilogie des insultes guatémaltèques

Avec La Llorona , Jayro Bustamante clôt une trilogie sur la haine qui règne dans son pays. Après l’insulte "indigènes" dans Ixcanul et "homosexuels" dans Temblores , le cinéaste Guatémaltèque s’intéresse ici à la haine des "communistes", terme qui désignait en fait tous les opposants au régime sanguinaire du général Efraín Ríos Montt, condamné en 2013 pour génocide et crime contre l’humanité durant ses deux années au pouvoir, à l’issue de son coup d’État au début des années 1980.

Ce passé douloureux, que le Guatemala refuse de regarder en face - avant sa mort en 2018, Montt et ses proches ont toujours refusé de reconnaître leurs crimes -, Bustamante choisit de l’évoquer à travers le film de genre. Comme son titre l’indique, La Llorona s’inspire en effet d’une légende très populaire dans toute l’Amérique latine, celle d’une femme qui pleure ses enfants noyés et hante les vivants. La métaphore est tout simplement parfaite. Et l’on est ici bien loin du récent film hollywoodien La Malédiction de la dame blanche , sans aucun intérêt. 

Un vrai film d’horreur

Si Bustamante assume totalement le genre, reprenant notamment tous les attributs de la Llorona (longs cheveux noirs, robe blanche, eau, nature…), il ne se contente pas d’un banal film d’horreur. Très économe en termes d’effets - tout se passe plutôt hors champs ou via la bande-son -, le réalisateur se sert du fantastique pour relire le passé du Guatemala. Cette dame blanche est en effet le fantôme qui revient hanter un assassin sanguinaire et tout un pays. Autour du vieux général refusant de reconnaître ses fautes, Bustamante fait graviter un véritable gynécée : sa femme, sa fille, sa petite-fille et les servantes indiennes (campés par les deux actrices d’ Ixcanul ). Soit trois générations de femmes portant un regard très différent sur les horreurs du passé, allant du simple déni à la colère, en passant par l’innocence.

Parvenant, grâce aune mise en scène envoûtante, à créer un climat d’angoisse permanent, Bustamante accouche d’un véritable film d’horreur. Une horreur bien réelle car historique…Hubert Heyrendt

La Llorona Film fantastico-politique Scénario&réalisation Jayro Bustamante Photographie Nicolás Wong Musique Pascual Reyes Montage Jayro Bustamante & Gustavo Matheu Avec Julio Diaz, María Mercedes Coroy, Sabrina De La Hoz, Margarita Kenéfic, María Telón… Durée 1h37.

© Note LLB


Entretien avec le cinéaste sur Lalibre.be.