Le combat fait rage pour le futur de la Planète des Singes.

Quinze ans après que le chimpanzé César (Andy Serkis) a obtenu la parole et pris la tête de la rébellion des Singes, et que la plus grande partie de l’humanité a été dévastée par la grippe simienne, la guerre fait plus que jamais rage entre les deux communautés. En témoigne la bataille ultra-violente qui ouvre le film, suivie par l’assassinat crapuleux de la femme et du fils de César par un colonel cruel (Woody Harrelson). Cette dernière confrontation décidera de l’avenir de la Terre. Restera-t-elle aux mains de la race humaine ou sera-t-elle dirigée par les Singes ?

A nouveau réalisé par Matt Reeves (découvert en 2008 avec "Cloverfierld" et qui réalisera le prochain "Batman"), "La Planète des Singes - Suprématie" clôt la dernière trilogie inspirée par le formidable roman du Français Pierre Boulle. Une œuvre de science-fiction culte qui a déjà donné naissance à pas moins de neuf films depuis la première adaptation de Franklin J. Schaffner en 1968 !

Assez proche du précédent "La Planète des Singes : l’affrontement" sur la forme, ce dernier volet de la saga de la Fox est une œuvre beaucoup plus sombre encore, un film de guerre qui assume ouvertement (jusqu’à la citation directe) l’influence d’"Apocalypse Now". Non seulement dans son environnement naturel - malgré la neige, les bois du Nord-Ouest américains ont des airs de jungle - mais aussi dans le portrait de ce "colonel" ultra-violent, arrivé, comme Kurtz, au bout de la folie et à la tête d’une armée de mercenaires est bien décidé à décimer la race simienne.

Au-delà du simple plaisir cinéphile, le parallèle avec le film de Coppola fonctionne à merveille pour souligner la sauvagerie d’une humanité ayant pêché par orgueil en pensant pouvoir soumettre la nature à son bon vouloir. De quoi renouer avec la fable écologique imaginée par Pierre Boulle en 1963, tout en proposant une réflexion très actuelle sur l’avenir de notre planète.

Autre parti pris radical, le changement de point de vue. Cette fois, face à la barbarie humaine, on est clairement du côté de César et de ses Singes. Une empathie contre-nature rendue possible grâce à des effets spéciaux toujours plus bluffants, qui permettent l’anthropomorphisme sans rien perdre de l’animalité des chimpanzés, gorilles et autres orangs-outans.

Cette empathie est encore accentuée par les nombreux parallèles que tresse le scénario avec l’Histoire, les animaux étant présentés ici comme des victimes d’une humanité sauvage, en écho aux camps de la mort nazis, au massacre des Indiens d’Amérique ou encore aux sévices réservés aux esclaves noirs dans les plantations du Sud.

"La Planète des Singes - Suprématie" fonctionne en effet comme une métaphore politique, une critique plutôt acerbe de la politique américaine. Avec d’ailleurs une référence explicite au mur absurde qu’envisage de construire Donald Trump à la frontière mexicaine…


© IPM
Réalisation : Matt Reeves. Scénario : Mark Bomback & Matt Reeves. Photo-graphie : Michael Seresin. Musique : Michael Giacchino. Avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Steve Zahn… 2 h 20.