Bérénice Béjo dans son premier film argentin, un thriller familial et sexy signé Pablo Trapero.

La quietud Drame familial De Pablo Trapero Scénario Pablo Trapero&Alberto Rojas Apel Photographie Diego Dussuel Montage Alejandro Brodersohn&Pablo Trapero Avec Bérénice Bejo, Martina Gusmán, Graciela Borges, Edgar Ramirez… Durée 1h51

Mia (Martina Gusmán) tombe sur une conversation animée entre ses parents à propos de "La quietud", le superbe ranch familial dans la campagne argentine. Ce matin, la jeune femme doit en effet emmener son père en ville régler des questions administratives. Lors de ce rendez-vous d’affaires, le vieil homme fait une crise cardiaque. La grande sœur Eugenia (Bérénice Bejo) débarque au plus vite de Paris. Si ce n’est le père allongé inconscient dans une chambre d’hôpital, la réunion de famille est des plus joyeuses. Très proches, très complices, voire intimes, les deux frangines sont en effet très heureuses de se retrouver. Et quand "Euge" annonce qu’elle attend un enfant, leur mère (Graciela Borges) est aux anges…

Une fausse tranquillité

Comme dans son précédent film El clan en 2015, Pablo Trapero choisit la famille comme angle pour ausculter les travers de la société argentine. Étude méticuleuse des liens qui unissent ces trois femmes (mais aussi le père, les amis de la famille, l’amant, le petit ami…), La quietud est un film à lectures multiples, à la fois thriller familial et évocation subtile du passé dictatorial de l’Argentine.

Derrière son titre très ironique, le film de Trapero met en effet en scène les secrets inavouables de cette bonne société argentine qui a bâti sa fortune actuelle sur des petits arrangements, pour ne pas dire de vraies compromissions, avec l’ancien régime militaire. En dévoilant petit à petit l’envers de cette famille a priori bien sous tout rapport, le cinéaste dévoile toute l’hypocrisie de cette bourgeoisie, qui, derrière la bienséance et les traditions, cache sous le tapis bien des turpitudes.

Dans cet univers de non-dit généralisé, la seule soupape de sécurité semble être la sexualité, seul moment où les corps ne doivent plus mentir, faire semblant, peuvent se laisser aller à l’instant, sans penser au passé familial trouble. Dans le rôle de ces deux sœurs très charnelles, Trapero a réuni Martina Gusmán (sa femme, actrice et coproductrice depuis 2006), et Bérénice Bejo (qui joue ici pour la première fois dans son pays d’origine et en espagnol). Entre les deux actrices, l’alchimie est parfaite et la ressemblance physique troublante, conférant une tension très particulière à un film qui, par ailleurs, a tendance, surtout dans sa seconde partie, à se laisser aller à une intrigue un peu outrée. Trapero use en effet de quelques raccourcis scénaristiques un peu faciles, colorant le film d’un petit parfum de sitcom pas vraiment nécessaire…

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