Coïncidence : mardi se trouvait à Bruxelles William Binney, ancien directeur technique de l’Agence de Sécurité nationale des Etats-Unis (NSA). Figure principale du documentaire "A Good American" (lire critique ci-dessous), il devait présenter celui-ci, en compagnie du réalisateur Friedrich Moser, au Parlement européen.

William Binney met en question depuis plusieurs années la surveillance de masse pratiquée par les plus grandes agences de renseignement occidentales, dont il a dénoncé les méthodes avant même Edward Snowden. Il tente de proposer des alternatives aux méthodes actuelles de surveillance, arguant de leur inefficacité. Lors d’un entretien, il insiste sur l’importance de changer de modèle.

Quel est le message que vous voulez faire passer aux parlementaires européens ?

Nous voulons porter l’attention des politiques sur un problème fondamental, notamment dans le contexte actuel de lutte contre le terrorisme. Les méthodes de surveillance doivent être le fruit d’un travail ciblé et non celui d’une collecte massive et généralisée. En accumulant toujours plus de données, on ne se concentre pas sur la vraie source du problème et on ne parvient pas à éviter certains événements comme le 11 Septembre ou les attentats de Paris.

Quelles alternatives proposez-vous à la surveillance de masse ?

Quand je travaillais à la NSA, j’ai développé ThinThread, un programme de surveillance ciblé qui permettait de mieux déceler l’interaction entre les réseaux tout en protégeant les données personnelles du citoyen. Ce système aurait certainement pu déjouer les attentats du World Trade Center, mais il a été abandonné par la NSA au profit d’intérêts financiers privés. Il faut que les gens se rendent compte qu’il existe d’autres méthodes bien plus efficaces et qu’en maintenant le système comme il est, on passe à côté d’informations précieuses.

Quel est votre sentiment en constatant l’échec des méthodes privilégiées par la NSA dans sa lutte contre le terrorisme ?

Beaucoup de colère. Les attentats se succèdent, des milliers de gens meurent et je constate que c’est toujours le même problème qui se répète. Après les événements de Paris, la réaction des autorités a été de dire qu’il fallait collecter encore plus de données. Mais plus de données, c’est justement ce qui nous empêche d’identifier les réseaux délictueux. Les solutions existent mais sont enterrées pour des questions d’argent et de pouvoir. Donc oui, je suis en colère aujourd’hui.

Pensez-vous que certains sont prêts à changer les choses aujourd’hui ?

On a déjà rencontré des parlementaires en Allemagne, en Autriche et aux Etats-Unis. Certains sénateurs américains ont même essayé de faire en sorte que la NSA ne soit plus financée car ils se sont rendu compte que les agences de renseignement, la Maison-Blanche et les comités d’intelligence ne respectaient pas la Constitution. Donc oui, je reste optimiste sur la volonté de certains à faire bouger les choses.