Epine dorsale de l’œuvre du romancier Stephen King, "La Tour Sombre" est un cycle de huit romans, écrits sur une période de quarante ans, et dont les ramifications ou liens s’étendent à d’autres oeuvres de l’écrivain américain.

Réputée inadaptable, cette épopée fantastique trouve le chemin du grand écran, après des années de développement, pour une piètre adaptation hollywoodienne réalisée par le Danois Nikolaj Arcel ("Royal Affair").

Jack Chambers (Tom Taylor) orphelin de son père, est victime de cauchemar et de vision, au point d’être considéré comme mentalement perturbé par son beau-père. S’échappant d’un placement dans une institution, il découvre un portail qui le conduit à "l’Entre-Deux-Mondes", version alternative d’une terre post-apocalyptique et de l’Ouest sauvage.

Jack y trouve le Pistolero, prénommé Roland (Idris Elba), qui traque l’Homme en Noir (Matthew McConaughey), un magicien qui veut détruite la Tour Sombre, pilier central de l’univers. Jack découvre que ses visions sont le fruit d’un pouvoir, convoité par l’Homme en Noir.

Oeuvre imaginée dès les débuts de la carrière de Stephen King, le cycle de la Tour Noire tire ses prémices du "Seigneur des Anneaux" de J.R.R Tolkien, du poème de Robert Browning, "Le chevalier Roland s’en vint à la Tour noire", et du film "Le bon, la brute et le truand" de Sergio Leone. Magma a priori incongru que King transcenda au fil des romans mais que la présente adaptation, à force de simplification et de manque de moyens restitue avec une sidérante platitude.

Ni le budget, ni la réalisation, ni la direction artistique, ni le casting ne sont à la hauteur de l’enjeu solennel - rien de moins que la sauvegarde de l’univers… On assiste à une succession de péripéties résolues en deux coups de colt - jusqu’à un duel final sans éclat.

Roland, réinterprétation de tous les chevaliers errants des légendes - jusqu’au Aragorn de Tolkien, donc - n’arrive à la cheville d’aucun de ses modèles, sale écueil dans la filmographie encore aléatoire d’Idris Elba, qui ne confère à son personnage aucune épaisseur. Matthew McConaughey, s’il cabotine moins que dans ses dernières prestations et évacue son sempiternel accent du Sud, n’est guère plus marquant. Enfin, le jeune Tom Taylor est trop peu charismatique pour porter sur ses épaules une éventuelle suite - compromise au vu de ce premier opus qui compléte la sombre liste des adaptations foireuses de Stephen King.


© IPM
Réalisation : Nikolaj Arcel. Scénario : Akiva Goldsman, Jeff Pinkner&Nikolaj Arcel. Avec Idris Elba, Tom Taylor, Matthew McConaughey… 1 h 35.