La vie, la mort et l'amour
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Cinéma

La vie, la mort et l'amour

Hubert Heyrendt

Publié le - Mis à jour le

Le cinéma hongrois est décidément à la fête depuis quelque temps. A l'heure où «Fresh Air» d'Agnes Kocsis et «Taxidermia» de György Plfi se partagent le Prix Iris du Festival du film de Bruxelles qui s'est clôturé samedi (cf.LLB du 10/7), débarque sur nos écrans le singulier «Johanna». Récompensé l'année dernière par le Prix de l'Age d'or, voilà un film qui trouvait tout à fait sa place au sein des Cinédécouvertes de la Cinémathèque royale. Car, en termes d'originalité, Kornél Mundrucz fait très fort! Sur une partition de la compositrice Zsfia Tallér, le jeune réalisateur hongrois s'essaye en effet à un opéra cinématographique époustouflant.

Prenant comme point de départ le scénario de l'un de ses précédents courts métrages, «Joan of Arc of the Night Bus», Mundrucz livre une scène d'introduction tout bonnement extraordinaire, créant non seulement un formidable effet de surprise mais aussi, à coup de longs travellings dans les couloirs obscurs d'un hôpital souterrain, l'ambiance sombre et inquiétante -entre fantastique et surréalisme- qui sera celle de tout son film.

BEAUTÉ MÉTAPHYSIQUE

Soit Johanna, jeune droguée qui, suite à un accident, se retrouve dans un coma profond. Un coma dont elle sort miraculeusement. Sous le charme de cet ange blond revenu du royaume des morts au corps chétif et au regard inquiet, un jeune docteur décide de la prendre sous son aile. Désintoxiquée, la jeune femme revêt une blouse d'infirmière pour se dévouer entièrement à son nouveau métier. Un peu trop aux yeux des médecins. Lesquels se rendent bientôt compte que sous la douceur de ses traits et de sa voix, se cache une étrange guérisseuse qui, à chaque fois qu'elle fait l'amour à un malade en phase terminale, le sauve...

Résolument en dehors des conventions cinématographiques classiques ou à la mode, «Johanna» séduit d'emblée par sa portée métaphysique. Car l'ambition affichée de Kornél Mundrucz est bel et bien de nous livrer une réflexion profonde sur le sens du sacrifice. Choisissant de nous confronter à une figure christique, le Hongrois nous met face à nos propres contradictions. Car, en refusant l'irrationnel, le miracle, on est obligé de rejeter dans le même temps l'incroyable générosité d'un personnage qui a fait du don de soi, de l'abandon à l'autre le sens de sa vie.

Dans un premier temps, le spectateur se place naturellement du côté de la raison et donc des médecins qui luttent contre l'influence de Johanna dans leur hôpital mais, par la beauté des images, le brio de la mise en scène, l'envoûtement de la musique lyrique et la grâce de l'actrice principale (Orsolya Tth), on glisse inévitablement du côté de l'héroïne, symbole de la force de l'amour.

Ou quand Kornél Mundrucz réussit à nous passionner, à nous émouvoir en revenant aux choses les plus basiques, les plus naïves, à travers un conte noir qui glisse inévitablement vers la tragédie. Une tragédie dans son expression la plus classique qui, à aucun moment, ne cherche à séduire par une modernisation du propos.

© La Libre Belgique 2006

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