Le matin de son 60e anniversaire, Lara Jenkins (Corinna Harfouch) ouvre la fenêtre de son appartement et monte sur une chaise. La sonnerie de la porte l’interrompt : deux agents demandent à cette ancienne fonctionnaire de faire office de témoin d’une perquisition. Un piano aperçu durant la fouille amène Lara à penser à son fils Viktor (Tom Schilling), pianiste, qui donne son premier concert en tant que compositeur. Lara en achète tous les billets restants. Déambulant dans la ville, elle les offre à d’anciens collègues, perplexes, à des inconnus, tout en tentant de renouer avec ce fils qui ne répond pas à ses appels.

Dans son premier long métrage, Oh Boy, très remarqué, Jan Ole Gerster suivait déjà une errance de 24 heures dans Berlin. Mais Niko (déjà interprété par Tom Schilling) était un jeune homme qui peinait à entamer sa vie d’adulte.

À l’autre bout du spectre, Lara a gâché ses chances : divorcée, rejetée par son fils, détestée par ses collègues, en froid avec sa mère. Lara n’a pas besoin de Covid pour se confiner dans une bulle. La sienne est asociale. C’est une femme austère, aigrie, qui cache sa rigidité sous son manteau rouge.

Elle avait pourtant la passion du piano. On découvrira pourquoi elle n’a pas fait carrière. La ritournelle de France Gall, Il jouait du piano debout, qui revient à plusieurs reprises, est un contrepoint à cette femme qui n’a jamais donné dans la joie débridée.

Jan Ole Gerster ne cherche pas à séduire. Comme Lara, il tient l’affect à distance. Moins par froideur cérébrale (le réalisateur ne cherche pas la psychologie) que par pudeur. A travers le portrait d’une femme, le réalisateur livre une réflexion sur l’exigence artistique et l’accomplissement personnel. L’austérité apparente de Lara est compensée par l’inteprétation bouleversante de Corinna Harfouch qui parvient à nous la rendre attachante malgré tout.

Lara Jenkins / Lara Drame familial De Jan Ole Gerster Scénario Blaz Kutin Avec Corinna Harfouch, Tom Schilling, Rainer Bock, André Jung,… Durée 1 h 38.

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