Un essai romanesque mais convenu sur la dérive d’une jeune femme.

Bonne élève, passionnée de foot, Layla (Nora El Koussour) grandit à Amsterdam au sein d’une famille aimante et équilibrée. Mais la jeune fille, au seuil de l’âge adulte, subit les préjugés tout en supportant de plus en plus mal les images de violence endurées par des musulmans au Moyen-Orient. Layla se rebelle de plus en plus contre toute forme d’autorité. Après un ultime affrontement avec son père (Mohammed Azzay), elle s’enfuit avec Abdel (Ilias Addab), activiste rencontré au sein d’une communauté radicale.

"Layla M." s’ajoute à une déjà conséquente, sinon longue, série de films ou séries scrutant de l’intérieur le phénomène de la radicalisation (dernier en date, également sous le prisme féminin : "Le Ciel attendra"). Son titre évoquera à certains le lointain "Moi, Christiane F.". Autres temps, autres mœurs : dans les années 1970, la dérive adolescente menait, parfois, à la drogue et la prostitution. Désormais, elle conduit à l’intégrisme et au terrorisme.

Le sujet est crucial et d’actualité - le passage en Belgique fait plus qu’évoquer la réalité des cellules djihadistes. Formellement, la réalisatrice Mijke de Jong fait vœu de réalisme : caméra portée, cadre serré sur les protagonistes, lumières froides, décors ordinaires… Le point de vue se veut neutre, pour dresser le constat, plutôt que juger. La romance de circonstance, entre Layal et Abdel, offre les moments les plus touchants, les plus vibrants.

Mais "Layla M.", comme d’autres œuvres similaires, s’enferme dans une impasse. Le sujet est trop grand, trop potentiellement polémique, trop complexe. Les personnages sont au cœur, mais la réalisatrice garde la distance. On s’attache finalement peu à cette jeune femme - en dépit de la présence charismatique de son interprète. D’emblée d’un seul bloc de colère et de revendications, Layla offre peu de prise aux questions et à l’identification.

Paradoxalement, les figures qu’elle croise, et qui exercent leur emprise, finissent par ressembler à des caricatures (l’imam rabique; le djihadiste machiste) ou à des excuses pour prévenir toute accusation de racisme (en dehors de Layla, toutes les femmes radicalisées sont des converties - hollandaise, allemande, belge : cette diversité colle à la géographie de la coproduction).

Passée la première scène, la radicalisation de Layla est considérée comme un fait acquis. Au point que, hélas, déjà bien saturé d’informations sur la question, on anticipe toutes les étapes. Ce qui pourrait être compensé si le récit offrait un point de vue analytique. Mais la réalisatrice s’en garde - jusqu’à, paradoxalement, une dernière phrase terriblement moralisatrice, assénée par un représentant de l’ordre : "il est trop tard pour pleurer".

Désormais désespérément commun - on a entendu des témoignages similaires, autrement bouleversants - le parcours de Layla n’est jamais transcendé pour acquérir le statut d’œuvre romanesque édifiante. On s’interroge alors sur son sens, cette quête cruciale qui seule justifierait l’odyssée fatale d’une idéaliste égarée.


© IPM
Réalisation : Mijke de Jong. Avec Nora El Koussour, Ilias Addab, Mohammed Azzay,… 1h38