Le capitalisme, sauce tomate

F. Ds Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Ces images de serres en plastique couvrant à perte de vue la région d'Alméria en Espagne, on vient de les voir sur grand écran dans "We Feed the World", de Nikolaus Geyrhalter. L'auteur de ce documentaire, qui est à la nourriture ce qu'"Une vérité qui dérange" est au réchauffement climatique, exposait quelques-uns des cercles vicieux de la mondialisation de l'alimentation. L'un d'eux, édifiant, passait par ce désert espagnol devenu en vingt ans le potager de l'Europe.

Largement subsidiée, l'agriculture européenne en arrive à mettre sur les marchés africains des produits - légumes, poulets, etc. - dont le prix de revient est de deux à trois fois inférieur à ceux des petits producteurs locaux. Dès lors, condamnés à la faillite, ces paysans cherchent leur salut dans l'exil. Ils se retrouvent sur des barques qui cherchent à entrer illégalement en Europe, et certains deviennent ouvriers clandestins à El Ejido, la plus grande concentration de serres au monde, où se pratique la culture intensive de tomates, de poivrons, de courgettes ou encore de fleurs.

Retour au XIXe siècle

Dans "El Ejido, la loi du profit", Jawad Rhalib place une loupe sur ce point du cercle vicieux, observant les conditions de vie hallucinantes réservées à ces travailleurs. Clandestins ou non, ils sont maltraités de la même façon, travaillant à 25- 30 dollars la journée dans des serres surchauffées (plus de 40 degrés), logés dans des chabolas, ces constructions précaires de carton et de plastique, sans eau, ni électricité. On se croirait revenu aux pires moments du capitalisme tout puissant du XIXe siècle. De fait, Jawad Rhalib accumule les témoignages accablants, El Ejido est une terre espagnole où la loi ne s'applique pas, sauf, bien sûr, celle du profit. Et quand le profit n'a aucune barrière, qu'il peut se lâcher sans entraves, on en arrive à El Ejido : une nature totalement asservie et défigurée, des aliments gonflés aux produits chimiques comme un champion cycliste, des patrons ayant retrouvé un tempérament esclavagiste et un discours raciste ahurissant.

Bouleversé et révolté par la vie de ces forçats, le réalisateur ne va pas jusqu'au bout de son titre. Comme prostré devant ce témoignage terrifiant sur ce que l'homme peut infliger à ses semblables, il en oublie de faire le tour, social, économique, politique, écologique, diététique, sanitaire du sujet. Même sur le plan humain, on aimerait mieux connaître ces hommes, leur parcours, leurs raisons, la propagande qui les a conduits en enfer.

Il n'en reste pas moins un reportage nécessaire dénonçant une situation intolérable.

F. Ds

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