"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

Ils sont comédiens ou artistes pour la plupart. Ils viennent d’Europe, d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Amérique latine. Ils sont partis, guidés par un instinct de survie, chassés par la répression, entraînés par leurs envies. Leur cœur est un peu resté là-bas aussi.

C’est le tournage d’un film, "Le Chant des hommes", qui a réuni tout ce petit monde dans une église luxembourgeoise sous la houlette de Bénédicte Liénard et Mary Jiménez. Les scénaristes se sont inspirées de nombreuses grèves de la faim de sans-papiers, en particulier celle de l’église du Béguinage à Bruxelles, durant laquelle deux cent trente d’entre eux avaient jeûné afin d’obtenir leur régularisation. Le "Chant des hommes" était d’actualité lors de son écriture, il l’est resté lors de son tournage, il l’est toujours lors de sa sortie sur les écrans mercredi, alors que continuent à affluer les candidats à l’exil européen.

Les réalisatrices se sont orientées vers des migrants (comme on les appellerait aujourd’hui) pour incarner la plupart de leurs personnages à l’écran. "Le Chant des hommes" fait corps avec ses comédiens : les émotions qu’ils véhiculent, les histoires qu’ils racontent, résonnent en la plupart d’entre eux. "Sur ce film, je ne joue pas : tout revient à travers les émotions", témoigne l’acteur irakien Duraid Abbas Ghaieb.

Nous sommes partis à la rencontre de ces comédiens et figurants sur leur lieu de tournage, là où les sans-papiers qu’ils jouent, gris et amaigris, mènent leur épreuve de force. Ils nous ont raconté leur parcours, parlé de leurs épreuves, livré leurs sentiments, expliqué ce que représente ce film pour eux qui ont été - sont - migrants, réfugiés, sans-papiers, étrangers. Leurs histoires sont à retrouver dans nos pages et sur notre site Internet jusqu’à la sortie du film.

"Chacun doit pouvoir avoir le choix"

"Je voulais vraiment que cette histoire soit racontée parce qu’on parle toujours des réfugiés et des sans-papiers de manière abstraite. Ce film parle d’abord d’êtres humains", explique Maryam Zaree, actrice allemande née dans une prison iranienne et qui tient ici le rôle féminin principal.

"Le Chant des hommes" est "très utile", pense le comédien belgo-rwandais Dorcy Rugamba. "L’Europe a criminalisé les migrants", alors que "l’idée même de partir sied à l’être humain. On ne peut pas être condamné, quelle que soit sa vie, à une assignation à résidence". L’arrivée en terre inconnue n’est pas facile pour autant. Pour Duraid Abbas Ghaieb, la vie en exil n’a d’abord pas été à la hauteur de ses rêves. "Mais on ne peut pas dire cela à des gens qui ont besoin d’espoir." "Chacun doit pouvoir avoir le choix."