Un film-témoignage qui revient sur les occupations d’églises par les sans-papiers.

Le combat des "sans-papiers" est né médiatiquement en juin1996 à Paris, avec l’occupation de l’église Saint-Bernard de la Chapelle par 300 étrangers en situation irrégulière. Souvent installés en France depuis de nombreuses années, ils réclamaient de pouvoir vivre dignement, sans se cacher de la police. Ils furent expulsés manu militari par Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur. S’il a échoué, ce mouvement a essaimé un peu partout en France et en Belgique. On se souvient ainsi des 450 Afghans qui avaient occupé l’église du Béguinage à Bruxelles en2013 et 2014. Ou encore de l’expulsion violente, fin2013, des quelque 200 personnes installées depuis quatre ans dans l’ancien couvent du Gesù, près du Botanique. C’est à l’ensemble de ces luttes que rendent hommage Mary Jimenez et Bénédicte Liénard dans "Le Chant des hommes".

Issues du documentaire, les deux cinéastes se sont inspirées de leur vécu pour écrire le scénario de leur premier long métrage de fiction. Et notamment de l’occupation de l’église du Béguinage, sur lequel elles avaient signé un documentaire radiophonique en 2009. Venus d’Iran, d’Afghanistan, du Maroc, du Niger, de Syrie ou du Congo, leurs personnages s’installent dans une église, celle du père André (Sam Louwyck), pour entamer une grève de la faim en espérant aboutir à une régularisation de leur situation. Mené par le Marocain Kader, un peu filou, et par Esma (Maryam Zaree), la fière Iranienne, le groupe va tenter d’organiser la lutte et de rester uni…

Les intentions des deux cinéastes sont plus que louables. Mais si leur cause est juste, "Le Chant des hommes" apparaît un peu théorique, avec des raccourcis scénaristiques pour dramatiser les enjeux (l’argent gagné sur le dos des sans-papiers) ou quelques scènes embarrassantes (comme le discours perturbé d’un Premier ministre socialiste à nœud papillon).

Enfin, engoncé dans une mise en scène trop strictement figée sur les visages, à coups de gros plans et de plans serrés, "Le Chant des hommes" en devient presque oppressant, ne laissant aucune plage de respiration au spectateur pour dépasser la simple compassion et réfléchir à la situation des personnages qui se débattent à l’écran. Surtout, tourné il y a plus d’un an, le film a été rattrapé par l’actualité, où les images ne sont pas celles de sans-papiers occupant des églises, mais bien de migrants tentant de franchir les frontières de l’Europe au péril de leur vie.


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 Scénario & réalisation : Mary Jimenez & Bénédicte Liénard. Photographie : Hichame Alaouie. Montage : Marie-Hélène Dozot. Avec Maryam Zaree, Assaâd Bouab, Sam Louwyck, Ahmet Rıfat Sungar, Gernas Shekhmous… 1h45