Cinéma

L’Oscar du meilleur film étranger, décerné en 2007 à "La vie des autres" de Florian Henckel von Donnersmarck, put apparaître comme une revanche et une consécration : moins de vingt ans après la chute du mur de Berlin, un film allemand témoignait de l’oppression kafkaïenne de l’Etat est-allemand et conquérait le public mondial.

Cette vitalité se reflète dans les chiffres : en 2008, quelque cent longs métrages sont sortis dans les salles allemandes, se taillant 20 à 25 % de parts de marché. La face émergée de l’iceberg est, sur le marché intérieur, les comédies : l’année dernière, la comédie romantique "Keinohrhasen" ("Le lapin sans oreilles") , écrite, réalisée et interprétée par Til Schweiger, le Ben Stiller allemand, a attiré 6 millions de spectateurs. Sur le marché international, on connaît surtout les réalisateurs allemands exilés de longue date à Hollywood (Wolfgang Petersen, Roland Emmerich) ou les superproductions historiques : avec la chute du Mur, le cinéma allemand s’est réapproprié son histoire. Certes, dans les années 60-70, des représentants du Nouveau cinéma allemand, notamment Margarethe von Trotta et Volker Schlöndorff, l’abordaient déjà en prise directe ("Les années de plomb", von Trotta, 1981; "L’honneur perdu de Katharina Blum", Schlöndorff, 1975). Mais le regard est aujourd’hui décomplexé : deuxième succès de 2008, "Der Baader Meinhof Komplex", d’Uli Edel, est une chronique des années de plomb, traitée comme un thriller d’action. Son producteur Bernd Eichinger avait déjà produit, en 2004, "La Chute", d’Oliver Hirschbiegel, récit des derniers jours de Hitler. La guerre et ses ravages sur la population allemande ne sont plus tabous, là où prévalait jusqu’alors la culpabilité collective. En 2008, aussi, "Anonyma - Une femme à Berlin", de Max Färberböck, revenait sur les viols subis par les Allemandes après l’invasion soviétique, alors que le livre autobiographique de Marta Hillers, dont le film est adapté, fut introuvable en Allemagne pendant près de quatre décennies, jusqu’à sa réédition en 2001.

Parallèlement, le cinéma d’auteur allemand est en quête d’un second souffle. Les vétérans Wim Wenders et Werner Herzog se fourvoient de longue date, tandis que l’"Ecole de Berlin", prometteuse, n’a livré aucun nouveau Rainer Werner Fassbinder. Qui, hors festivals, connaît Christian Petzold ("Yella", 2008), Angela Schanelec ("Nachmittag", 2008), Christoph Hochhäusler ("L’Imposteur", 2005), Ulrich Köhler ("Montag", 2006) ou Henner Winckler ("Lucy", 2006) ? Même les plus remarqués, Doris Dörrie et Andreas Dressen, avec "Les cerisiers en fleurs" et "Wolke 9", belles œuvres sur des septuagénaires, demeurent confidentiels.

Le seul conciliant reconnaissance publique et critique, et doté d’une stature internationale, est Fatih Akin ("Gegen die Wand", Ours d’or à Berlin en 2004, "De l’autre côté", prix du Scénario à Cannes en 2007, "Soul Kitchen, prix du Jury à Venise en 2009). Son cinéma, dénué d’ostalgie et de toute dimension historique, reflète le pluralisme de l’Allemagne des années 2000.