Le destin animé des Schtroumpfs

CinémaVidéo

A.Lo.

Publié le - Mis à jour le

Le destin animé des Schtroumpfs
© Reporters / Capital Pictures

Les Schtroumpfs au grand écran et en relief De son vivant, Peyo, qui avait débuté dans le cinéma d’animation, avait déjà réalisé une partie de ce rêve -avec le film "La Flûte à six Schtroumpfs". Ses petits lutins bleus avaient ensuite conquis le monde avec la série télévisée produite par NBC et réalisée par Hanna-Barbera.

Lancé en 2002 dans le secret espoir qu’il serait prêt pour le cinquantième anniversaire des Schtroumpfs (en 2008), voici enfin cette production américaine. Le pire y cohabite avec du meilleur, voire du charmant. L’ouverture, notamment, est une réussite de direction artistique : la recréation au grand écran, en relief et dans un environnement réaliste du village des Schtroumpfs est convaincante et globalement fidèle à l’univers de Peyo. La présentation express des petits lutins -tous semblables mais caractérisés en même temps par leur fonction sociale ou leur tempérament- est plaisante. La scène d’exposition de Gargamel est, pareillement, inspirée : on voit le sorcier jouer avec des marionnettes de bois à l’effigie des "insupportables" Schtroumpfs.

Pourquoi alors a-t-il fallu les projeter par un artifice de scénario emprunté aux "Visiteurs" dans le New York moderne ? Le vœu de fidélité à l’œuvre original est aussitôt trahi et la raison d’être profonde du projet devient limpide comme de l’eau de roche. Il est piquant que l’humain moderne chez lequel les Schtroumpfs échouent soit un agent marketing (Neil Patrick Harris, de la série "How I Met Your Mother") De même, l’une des grandes scènes d’action du film a pour décor un célèbre magasin de jouets de Manhattan, prétexte à un placement de produits éhonté.

Le film en regorge tant qu’on ne peut évidemment s’empêcher d’y voir une mise en abîme inconsciente du sort désormais réservé aux créations de Peyo. Que les auteurs puissent faire preuve par instant d’un humour de circonstance (les Schtroumpfs se camouflent tels des caméléons dans une publicité pour le célèbre Blue Man Group), d’autodérision (tout le monde s’agace de la ritournelle "Lala-la-schtroumpf-lala" héritée de la série télé) ou aient eu l’élégance de faire deux hommages explicites à l’origine nationale des Schtroumpfs et à leur créateur, ne change rien à la standardisation et à l’américanisation de cette œuvre singulière (le comble étant atteint quand trois schtroumpfs rejouent "Rock This Way" d’Aerosmith sur une console de jeu ).

L’argument dramatique -les Schtroumpfs doivent trouver le moyen de retourner dans leur monde tout en échappant à Gargamel- trahit également le principe de la série, utilisant la communauté des Schtroumpfs comme une métaphore critique du monde des humains. Pas sûr que ces concessions soient payantes : en s’acharnant à préserver l’anglitude d’Harry Potter face à Hollywood, J. K. Rowling n’a en rien limité le succès mondial de son œuvre.

Les gamins -ou, pour mieux qualifier la vraie cible du film, les kids- n’y verront toutefois que du feu, dure loi de l’amnésie culturelle industrialisée. Car la technique est au point et les lutins virtuels sont crédibles : leur conversion en 3D et avec une texture de peau est plutôt convaincante, seule la Schtroumpfette, au nez refait, est un peu étrange. On pourra même se laisser séduire par Azraël, chat doté à l’écran d’une véritable personnalité et brillamment animé, quand Gargamel (joué par Hank Azaria) est une caricature grimaçante rapidement horripilante.

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