Michaël Roskam confronte Matthias Schoenaerts et Adèle Exarchopoulos dans une tragédie amoureuse.

Quand Gino, alias Gigi, rencontre Bibi, c’est l’amour au premier regard. "Le fidèle" s’ouvre sur un coup de foudre. Rien de plus classique pour une histoire d’amour. Ce qui l’est moins, ce sont les circonstances. La scène se déroule sur le paddock d’un circuit automobile. Sauf que la silhouette qui quitte le bolide et enlève son casque, ce n’est pas Gigi mais bien Bénédicte, passionnée de vitesse. "On se revoit dans 15 jours alors", tente Gino… "Quoi, le temps de divorcer ?", répond du tac au tac cette jeune fille de bonne famille bruxelloise au sacré tempérament. "Non mais je dois partir en Pologne pour mes voitures."

Ce que Bibi ne comprend pas tout de suite, c’est que cette histoire d’import-export de voitures, c’est du pipeau. Avec Serge (excellent Jean-Benoît Hugueux) et ses potes, Gigi braque des banques et des convois de fonds… Le père de la jeune fille (Eric de Staercke) semble, lui, bien moins naïf et enjoint au jeune prétendant de ne pas mentir à sa fille.

Après un détour par la case Hollywood le temps de "Quand vient la nuit", Michaël Roskam est de retour en Belgique avec un troisième long métrage dans la lignée de "Rundskop", premier film choc qui l’avait révélé en 2012 en même temps que Matthias Schoenaerts. Le jeune réalisateur flamand retrouve d’ailleurs ici son acteur fétiche, qu’il place face à la charismatique Adèle Exarchopoulos, dans une romance noire à nouveau située dans des milieux interlopes.

Après la mafia des hormones animales, on plonge ici dans l’entourage d’un gang bruxellois. Et une fois encore, Roskam parvient à toucher à l’universel en inscrivant rigoureusement son intrigue dans un contexte belgo-belge. Schoenaerts et ses potes passent ainsi sans transition du français au néerlandais, tandis que Roskam filme Bruxelles comme on la voit rarement à l’écran.

Avec "Le fidèle", Roskam ne quitte pas le polar. Le risque, en collant aussi près aux codes du genre, c’est d’en emprunter quelques ficelles convenues, danger qui guette souvent le scénario. Mais celui-ci est transcendé par la puissance de la mise en scène de Roskam, qui épate à nouveau par la précision de son regard, la rigueur de ses cadrages, son sens du rythme et du montage. Très soignée, l’esthétique est au service d’un film noir au parfum de tragédie amoureuse. Car "Le fidèle" est avant tout une histoire d’amour, portée par deux acteurs électriques : Matthias Schoenaerts et la jeune Adèle Exarchopoulos. Laquelle, après "La vie d’Adèle" et "Eperdument", retrouve un nouveau rôle très physique, livrant une composition charnelle très habitée.

Mais pas question ici de rejouer les "Bonnie and Clyde". Trop jeune, trop naïve, Bibi n’est pas réellement complice de son homme. Et c’est justement là que se noue chez Roskam le drame romantique, avec cette façon de poser, par le biais du polar, toutes les questions qui se posent au couple, celles du mensonge et de la vérité, de la confiance et bien sûr de la fidélité. Qui donne son titre au film et pousse le héros à agir parfois de façon irraisonnée. Comme un chien fidèle…


© IPM
Réalisation : Michaël Roskam. Scénario : Michaël Roskam, Thomas Bidegain&Noé Debré. Avec Matthias Schoenaerts, Adèle Exarchopoulos, Jean-Benoît Ugueux, Eric de Staercke… 2 h 10.