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Cinéma

Le fils

A.Lo.

Publié le - Mis à jour le

Abandonné à cinq ans avec son petit frère Patrick, Thomas se révolte au seuil de l’adolescence contre ses parents adoptifs, obsédé par le souvenir qu’il conserve de sa génitrice. Retrouvant la trace de celle-ci, il va, en deux temps, nouer le contact, puis, petit à petit, s’immiscer dans la vie de celle-ci, en quête d’une manifestation d’amour.

Avec son fils Nathan, Claude Miller a développé, à partir d’un article d’Emmanuel Carrère traitant d’un fait divers, le remarquable décryptage d’un drame familial. Il n’est guère surprenant que Carrère, auteur du déjà remarqué "L’imposteur", se soit penché sur ce cas, dont les ressorts psychologiques ne sont guère éloignés de l’affaire Romant : quête d’identité, de reconnaissance et spirale du mensonge s’y mêlent pour créer un cocktail hautement délétère.

Miller père et fils, coauteurs du scénario comme de la réalisation, traduisent à merveille, à l’écran, le cheminement de Thomas (Vincent Rottiers), jeune homme qui finit par se considérer fils de personne - reniant à ses parents adoptifs le statut de "maman" ou de "papa", vouvoyant sa mère naturelle, par ailleurs pauvre fille sans guère de considération familiale. Entremêlant d’abord les souvenirs, pour ensuite dérouler leur trame, le film soulève avec justesse bien des questions pertinentes, expose aussi la dichotomie entre les deux frères, due à l’écart déterminant de l’âge auquel ils ont été adoptés.

Les Miller savent exprimer par un geste, un regard, la position d’un protagoniste dans l’espace, la confusion qui s’empare progressivement de Thomas. Vincent Rottiers incarne avec une intensité et une intériorité justes un Thomas jeune homme. Sophie Cattani, dans le rôle de la mère biologique, a ce décalage caractéristique de l’adulte immature, en rupture de sa propre vie. Le reste de l’interprétation, parfois légèrement en porte-à-faux, atteint pourtant cette forme de naturalisme brute, chère à un Bresson ou à un Rohmer. Ce parti pris vient aussi rappeler que dans ce drame familial, comme dans bien d’autres histoires quotidiennes alimentant les faits divers, bien des traumas découlent du rôle que chacun se voit attribuer et joue, parfois, malgré lui.

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