Le flamenco enfièvre `Salomé´

Cinéma

PAR GUY DUPLAT

Publié le

Le flamenco enfièvre `Salomé´
© D.R.

RENCONTRE

Le festival du film d'Espagne et d'Amérique latine présente près de 60 films pendant 10 jours au Flagey et au Vendôme à Bruxelles et au Forum à Namur. Hier soir, `Salomé´ de Carlos Saura a fait l'ouverture de cet événement cinématographique (le film devrait sortir sur nos écrans au début 2003).

Carlos Saura a une très abondante filmographie. Pendant des années, il a incarné le cinéma espagnol avant qu'Almodovar et d'autres n'émergent. On se souvient ainsi de son `Cria Cuervos´, prix du jury à Cannes en 1976. Ces dernières années le réalisateur espagnol a souvent préféré réaliser des films musicaux, essentiellement autour du flamenco et de la musique espagnole. Il y eut ainsi `Noces de sang´ en 1981, `Carmen´en 1983 et `Tango´ en 1998. `Salomé´ résulte de sa rencontre avec la danseuse et chorégraphe Aida Gomez, qui fut directrice du ballet national d'Espagne et que les spécialistes qualifient de `meilleure danseuse de flamenco au monde´.

Carlos Saura et elle ont décidé de monter ensemble un `Salomé´ qui serait créé en parallèle pour le film et la scène. On voit naître le spectacle sous nos yeux avant d'assister à sa `première´. On comprend bien le choix de cette terrible histoire biblique: Salomé amoureuse d'un Jean-Baptiste prisonnier d'Hérode pour avoir dit que Jésus était le Messie, se heurte à la froideur du Saint. Elle exécute alors la célèbre danse des sept voiles devant Hérode pour le subjuguer et lui demander en échange la tête de Jean-Baptiste. Elle préfère voir son amant mort mais posséder sa tête, plutôt que de le perdre. Une telle histoire est propice aux débordements esthétiques, à la fièvre espagnole, aux musiques de flamenco mêlées de musiques arabisantes, même si un tel film laissera sceptique ceux qui sont allergiques au flamenco ou à une esthétisation exacerbée, faite d'ombres et de lumières et de sentiments parfois surjoués.

Une expression viscérale

Nous avons rencontré Aida Gomez dans un hôtel bruxellois. Elle a dans la vie toute la fougue et le charme du rôle de Salomé, côté tragique en moins. Et dans ses yeux, c'est l'enthousiasme pour la danse et le flamenco.

`Le flamenco n'est pas une danse ancienne, elle reste une danse super-actuelle. Elle plonge dans les racines culturelles de l'Espagne, elle a une force d'expression viscérale. Il suffit de voir comment les danseurs tappent le sol, comme ils frapperaient la terre elle-même. La danse clasique est plus controlée, plus technique, le flamenco libère. C'est la danse du désir et de l'amour même si les risques pris dans cet amour vont jusqu'à la mort comme dans Carmen et Salomé´.

La volonté d'Aida Gomez de moderniser le flamenco a beaucoup frappé Maurice Béjart qui l'a invitée à Lausanne comme professeur invité. `J'ai beaucoup d'admiration pour Béjart et pour tous les risques qu'il a pris au nom de la danse´.

La passion qui habite Aida Gomez ne s'est pas faite sans peine. Enfant, elle voulait déjà être danseuse `alors que personne dans ma famille ne dansait et que deux médecins disaient que je ne pourrais jamais le devenir à cause d'une blessure au dos et de l'appareil que je devais porter chaque jour. Mais j'ai continué grâce au soutien de ma mère. La danse est une école de discipline qui permet de surmonter la souffrance. La danse pour moi était un irrepressible besoin.´

Aida Gomez a demandé à Carlos Saura de monter le spectacle Salomé avec elle. Et ce dernier avec son fils comme producteur, ont convaincu à leur tour Aida Gomez d'en faire aussi un film. `Le cinéma, dit-elle, permet bien évidemment un accès plus immédiat vers le grand public, une accessibilité simultanée dans de nombreux pays, ce que le spectacle sur scène ne permet pas. Sur scène, on doit aussi jouer en puissance pour rester lisible jusqu'au bout de la salle, alors que le cinéma autorise un jeu plus nuancé´.

`Salomé´ est un choix d'Aida Gomez. La scène la plus célèbre est celle de la danse des sept voiles, qui a sa propre dramaturgie. `Nous avons choisi sept voiles en soie avec les couleurs de l'arc-en-ciel. Les couleurs deviennent de plus en plus dures jusqu'à ce qu il ne reste que le voile rouge. La danse suit cette gradation, débutant sur un mode apaisé pour se terminer dans le paroxysme provoquant l'excitation sexuelle d'Hérode´.

Festival du film d'Espagne et d'Amérique latine, du 8 au 17 novembre au Flagey, du 13 au 19 novembre au Vendôme et du 15 au 17 novembre, au Forum à Namur. Infos:02/6411020 et www.flagey.be

© La Libre Belgique 2002

A lire également

Facebook

Cover-PM

cover-ci

Immobilier pour vous