Une comédie de fin d’année où excellent Karin Viard et Valérie Bonneton.

Dans un paysage cinématographique français où les comédies virent à la soupe à la grimace et aux suites convenues, "Le Grand Partage" offre une variation un tantinet plus intéressante, surtout de par ses deux interprètes féminines principales : Karin Viard et Valérie Bonneton.

Dans un Paris contemporain, la réalisatrice Alexandra Leclère imagine une augmentation dramatique des "travailleurs pauvres" - c’est-à-dire n’ayant plus les moyens de se loger. Un gouvernement de gauche comme il n’en existe plus fait alors voter dans l’urgence une loi d’exception non pas sécuritaire mais solidaire : les mieux nantis des propriétaires et locataires devront chacun héberger leur quota de sans-abri.

Mêlant vaudeville et huis clos, Leclère joue dans cette comédie un brin potache sur la même opposition que dans "Les Sœurs fâchées", son premier long métrage. Monsieur Dubreuil, riche entrepreneur, ne veut évidemment pas de "profiteur" chez lui. Sa très bourgeoise femme culpabilise quand même un brin. A l’inverse, chez les Bretzel, Madame voit tout de suite ses convictions de gauche s’évaporer face à l’obligation d’accueillir des inconnus, tandis que son écrivain de mari y pressent une source d’inspiration potentielle. Les locataires juifs du très chic immeuble préfèrent déménager dans une chambre de bonne située en face, tout en gardant à l’œil, à travers leur jumelle, ces "rafles à l’envers". Quant à la concierge qui fait partie des 30 % de la France bleu Marine, elle trouvera sa propre solution à la question.

Chez les messieurs, c’est la routine : Didier Bourdon souffle, peste et profère des énormités dans son registre habituel. Michel Vuillermoz impose à l’inverse ses petites modulations subtiles, sans forcer son talent. On apprécie plus, au contraire, le numéro de grande bourgeoise frustrée composé par Karin Viard ou la panique hystérique que transmet Valérie Bonneton.

Sur un sujet casse-gueule, où le mauvais goût autant que la caricature outrée menaçait, Alexandra Leclère parvient à livrer une comédie familiale, qui évite aussi la démagogie ou le populisme facile. Loin d’être un grand film ou la comédie qui pulvérisera les plafonds de fréquentation, "Le Grand Partage" constituera un agréable divertissement de fin d’année, entre saga spatiale et animations synthétiques.


© DR
 Réalisation et scénario : Alexandra Leclère. Avec Karin Viard, Valérie Bonneton, Josiane Balasko, Didier Bourdon, Michel Vuillermoz,… 1h46