Un homme est cerné par la police et les truands, quand une "baigneuse" lui propose une porte de sortie. Diao Yinan revitalise le film noir.

Réunion de travail dans l’arrière-salle d’hôtel d’une ville chinoise, Wuhan. Toutes les équipes sont convoquées. Le manager du gang attribue à chacune des artères de la métropole. Certains truands, notamment des frères, ne sont pas d’accord, ils veulent une meilleure zone. Ça dégénère, une balle se perd. Le parrain les départage, à son avantage, en organisant une compétition entre les deux bandes. Sera déclarée vainqueur, celle qui volera le plus de motos en deux heures. Que les meilleurs gagnent. Mais les perdants sont mauvais et décapitent un de leurs adversaires. Ça dégénère de nouveau, une balle se perd et c’est un policier qui la prend.

Réunion de travail dans une salle de l’hôtel de police de Wuhan. Toutes les équipes sont convoquées et le commissaire attribue à chacune des artères pour démarrer l’enquête.

C’est parti pour un polar poisseux et graphique, sinueux et atmosphérique. La police cherche activement le fuyard qu’une femme a déjà trouvé. Il se méfie, elle présente des garanties. C’est une "baigneuse", comme on les appelle ici, elle tapine au bord du lac des oies sauvages. Dans ces circonstances funestes, elle a une proposition astucieuse à lui faire.

Sachant qu’il est foutu puisque la police a mis tous les moyens à disposition, a mis tous ses hommes en compétition pour coincer l’assassin d’un des leurs. Sachant qu’il est foutu car il n’a pas que des amis parmi les truands d’autant que sa tête est mise à prix. Alors, foutu pour foutu, autant que ce soit son épouse qui bénéficie de la récompense. Comme, elle ne peut pas le faire elle-même, notre baigneuse se propose de s’en charger moyennant une petite commission.


Polar ne rime pas avec film noir

Voilà un bon plan qui, bien entendu, ne va pas se dérouler, comme prévu. Certains jouent un double, voire un triple jeu. Le réalisateur, Diao Yinan, lui, adore visiblement le film noir. On se souvient de Black Coal, Ours d’or à Berlin, ses ambiances nocturnes, ses couleurs criardes, sa violence graphique.

Diao Yinan et son directeur photo, Jingsong Dong, sculptent les ombres avec maestria. Au cours de la traque haletante de cet homme piégé dans la ville souricière, ils rendent un hommage passionné à l’expressionnisme allemand, à M le Maudit et au Troisième homme tout en évoquant lumineusement Won Kar-wai. La violence est sèche, percutante et les spectateurs n’oublieront pas leur parapluie en sortant.

Diao Yinan sait aussi que film noir ne rime pas avec polar. Le film noir, c’est un film d’auteur qui développe une esthétique formelle. C’est un film révélateur des parts d’ombre et du malaise de la société. C’est un film intérieur qui confronte le personnage à son parcours, à son sentiment de culpabilité, à son désir de rédemption. C’est un film trompeur dans le sens rusé. Sous le couvert d’un divertissement policier, il contourne la censure, montre des forces de police surdimensionnées et la surveillance quadrillée mise en place par le régime.


Le Lac des oies sauvages / The Wild Goose Lake
Film noir De Diao Yinan Scénario Diao Yinan Image Jingsong Dong Avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan Durée 1h 50

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