Quand Henri Ford, fût-il deuxième du nom, arrête la chaîne de montage de son usine, l’heure est grave. Au mitan des années 60, le géant Détroit construit le plus de voitures au monde mais ce sont des veaux. En Europe, Enzo Ferrari fignole des pur-sang qui font merveille aux 24 heures du Mans. Mais la qualité coûte cher et Ferrari est en faillite. Les cadres de Ford proposent une fusion. Le Commendatore, qui n’a pas envie de voir des cow-boys sur son petit cheval cabré, les congédie. Vexé comme un pou, Ford entend lui faire la leçon. Comment construire un bolide digne du Mans en moins d’un an ? En appelant à la rescousse le seul pilote américain ayant remporté la course d’endurance. Carroll Shelby (Matt Damon) accepte et amène dans son coffre Ken Miles (Christian Bale), pilote anglais très fast and furious.

De quoi nous parle Le Mans 66 ? De la création de la mythique Ford GT40 MkII, sur fond de la métaphore du changement de vitesse comme substitut de l’ubris de ces messieurs. Qui peut aussi être celui des nations (Ford vs Ferrari comme déclinaison du Make America great again trumpien). Mais il y a aussi le bras de fer entre hommes de terrain et de pouvoir : les pilotes contre les cadres. James Mangold songeait-il aux réunions créatives d’Hollywood en tournant la scène où Shelby doit convaincre Ford de l’écouter lui plutôt que son comité marketing ?

Le film remplit son office, moteur de Proust pour lecteurs nostalgiques de Michel Vaillant. Matt Damon ne force pas son personnage en Shelby texan, un peu buté mais brave type. Christian Bale prend un plaisir manifeste à un rôle de "recomposition" : il rappelle ses origines britanniques à coups de "mate" ou de "bloody hell", au risque d’en faire a bit too much.

Jadis réalisateur prometteur sinon original (Copland), James Mangold s’est rangé des voitures sur le parking des studios (Night and Day). Mais il a su injecter encore une touche de personnelle à des projets commerciaux (Walk the Line ou 3 h 10 pour Yuma, déjà avec Christian Bale).

Il ne cherche pas réinventer la mécanique du film de course - comme il l’avait réussi avec brio pour le film de super-héros dans Wolverine. Le Mans 66 file tout droit, sans sortie de route.

Il y a pourtant une scène d’introduction où pointait l’enjeu existentiel du sport automobile. Mais Le Mans 66 ne revient jamais à cette question fondamentale : qu’est-ce qui drive ses protagonistes au point de tout risquer pour l’ego d’un industriel ? C’est l’angle mort d’un film qui manque de chair, l’essence de la dramaturgie.

Le Mans 66 Vroum vroum De James Mangold. Scénario Jason Keller, Jez Butterworth et John-Henry Butterworth Avec Matt Damon, Christian Bale, Caitriona Balfe,… Durée 2h31.

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