1986. L’été. Deux hommes suivent une jeune adolescente à vélo. Survient l’innommable, puis le pire, inattendu pour le plus jeune des deux prédateurs. Ce dernier abandonne peu après son complice. Vingt-trois ans plus tard, jour pour jour, un meurtre identique est commis au même endroit, qui réveille les souvenirs de l’ancien crime - jamais résolu - chez tous ceux qui furent concernés.

"Das Letzte Schweigen", soit plus précisément "Le Dernier Silence" est le deuxième film du réalisateur d’origine suisse Baran bo Odar, adapté d’un roman policier "Le Silence", de Jan Costin Wagner. On créditera Baran bo Odar de traiter tous ses personnages sur un pied d’égalité, sans jugement moral.

Qualité malheureusement occultée par un excès de caractérisation (le policier maniaco-dépressif suite à la mort de sa femme est forcément mal rasé, chiffonné et l’œil vitreux) qui débouche sur des invraisemblances. Le cinéaste use également de rebondissements faciles (l’appel téléphonique juste au moment où le vrai coupable va être interrogé) ou inutiles (l’intrigue amoureuse entre l’ex-flic et la mère de la première victime), en une étrange hybridation : le scénario, reprenant plus qu’il ne veut le laisser croire les stéréotypes hollywoodiens, est mis en forme comme un drame social européen. Forme par ailleurs alourdie d’effets de style tantôt clichés (les nuages en accélérés) tantôt artificiels (la segmentation temporelle du récit (cliché vieux comme "Shining", surtout sur fond de sapins ), les nombreuses vues en plongées qui rythment la mise en scène : l’œil de Dieu sur les damnés que nous sommes ?).

On sauvera de l’ensemble trois acteurs : le Danois Ulrich Thomsen ("Festen"), juste en prédateur à l’apparence bonhomme, Burghart Klaußner (le père du "Ruban Blanc"), en ex-flic hanté, et Katrin Sass (la mère de "Good-Bye Lenin"), en mère qui ne s’est jamais remise de la disparition de sa fille.

Réalisation : Baran bo Odar. Avec : Claudia Michelsen, Ulrich Thomsen, Katrin Sass, Karoline Eichhorn, Sebastian Blomberg, Oliver Stokowski, Wotan Wilke Möhring, Johannes Suhm 1h58