Ce samedi 7 septembre, le cinéma Nova rouvrira ses portes après quelques menus travaux. A la clé pour les cinéphiles bruxellois un nouveau bar plus convivial (et aux normes de l’Afsca) mais rien ne change dans l’identité de la salle la plus underground de la capitale. En témoigne l’excellente programmation de rentrée intitulée "Re/création - Révolution". Toujours aussi pointue, celle-ci permettra de découvrir quelques inédits alléchants, dont L’Époque de Matthieu Bareyre (cf. ci-dessus)…

Dans un tout autre style, le Nova a mis la main sur une véritable curiosité, El Otro Cristóbald. Présenté à Cannes en 1963, sorti deux semaines à La Havane et une semaine dans une salle parisienne, ce film très étrange a ensuite quasiment disparu des radars, suite à une brouille entre ses producteurs français et cubains.

Allégorie de la Révolution cubaine

Se déroulant dans la République de Tecunuman, dictature imaginaire d’Amérique centrale sous domination américaine, cette allégorie de la Révolution cubaine a été commandée à Armand Gatti (1924-2017). Ancien résistant, journaliste, dramaturge et poète, défenseur d’un théâtre libertaire, celui-ci a également utilisé le médium cinématographique comme outil de création et d’éveil des consciences. El Otro Cristóbald est son second long métrage de fiction après L’Enclos en 1961. Un film en total contraste avec le précédent.

À l’épure de L’Enclos, répond ici une fable picaresque, avec un dictateur et des révolutionnaires de pacotille, dans une ambiance de mythologie très latino, où christianisme et croyances païennes s’emmêlent joyeusement les pinceaux. Avec un Dieu noir devant déjouer un coup d’État céleste mené par l’ancien dictateur passé à trépas, tandis que la Vierge prend le maquis avec Cristóbald, un marin s’évadant de prison et propulsé malgré lui à la tête de la révolution…

Dire que le film, très marqué par son époque, n’a pas vieilli serait mentir. El Otro Cristóbald reste pourtant un rare exemple de cinéma carnavalesque, où l’on sent l’influence de Dario Fo, adepte comme Gatti d’un théâtre populaire et révolutionnaire. Une œuvre rare à découvrir jusqu’au 20 octobre.

A cette occasion, le Nova propose une rétrospective des œuvres cinématographiques de Gatti, dont Moranbong, Chronique coréenne (1951), récit de son voyage, alors qu’il était rédacteur en chef de Libération en Corée du Nord, mais aussi L’Enclos et une compilation de films militants, Le Lion, sa cage&ses ailes, que viendra présenter son fils Stéphane Gatti le 12 octobre.

Couronnement en Patagonie

Déjà montré lors du festival Offscreen il y a deux ans, Rey, l’histoire du Français qui voulait devenir roi de Patagonie fait également son retour au Nova. Prix du Jury du Festival de Rotterdam en 2017, le second long métrage du Californien Niles Atallah (après Lucía en 2010) retrace l’épopée de l’avocat français Orélie-Antoine de Tounens. Parti à la recherche du Royaume d’Araucanía, ce fervent défenseur du droit à l’autonomie des populations autochtones finira par se faire couronner, de 1860 à 1962, roi de l’éphémère Royaume de Patagonie, rapidement repris par l’armée chilienne.

À l’affiche jusqu’au 3 novembre, la programmation Re/Création-Révolution permettra aussi de revoir des classiques comme Soy Cuba (URSS/Cuba, 1964) de Mikhail Kalatozov, Queimada (États-Unis, 1969) de Gillo Pontecorvo avec Marlon Brando ou La Commune (Paris 1871), "documentaire vivant" réalisé par Peter Watkins en 2000. Sans oublier, le 17 octobre à 20h, Octobre, dix jours qui ébranlèrent le monde, classique de Sergeï Eisenstein de 1928 proposé ici avec un accompagnement musical live de Binamé.

Viva la revolución !

"Révolution-Re/Création", du 7 septembre au 3 novembre au cinéma Nova à Bruxelles. Rens. : www.nova-cinema.org.