Le réalisateur sud-coréen Kim Ki-duk est décédé jeudi du Covid-19 en Lettonie - où il effectuait une visite privée, selon les dires de Dita Rietuma, à la tête du Centre national letton du cinéma.

Kim Ki-duk, 59 ans, avait obtenu en 2012 le Lion d’or du meilleur film au festival de Venise pour Pieta ou encore l’Ours d’argent à Berlin pour Samaria en 2004. "Son talent de conteur nous manquera, a commenté Alberto Barbera, le directeur de la Mostra de Venise. Ses films continueront d’alimenter notre imaginaire et, je l’espère, celui des spectateurs de demain."

Kim Ki-duk a acquis une renommée mondiale en dessinant un portrait audacieux de la violence extrême et de la brutalité humaine, dans des films riches en allégories.

Issu d’un milieu modeste, fils d’un vétéran de la guerre de Corée aux pulsions violentes, Kim Ki-duk avait abandonné ses études à 14 ans pour aller travailler en usine, une situation dont il expliquait qu’elle lui a longtemps laissé "un profond sentiment d’infériorité". Après un service militaire dans le corps des Marines coréens et un séjour d’un an en France, il s’était formé en autodidacte au cinéma.

Controversé

Ses films, dont beaucoup comportent des scènes de violence à l’encontre d’hommes comme de femmes, ou montrent des viols de femmes, ont divisé le public, certains l’accusant de misogynie et d’autres saluant sa création et la représentation d’un milieu social rarement observé au cinéma.

Kim Ki-duk a dirigé plus de vingt films dont Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps n’est pas le plus représentatif, car d’une sérénité inhabituelle, qui explore le cycle de la vie à travers l’existence d’un moine bouddhiste.

Artur Veeber, producteur basé en Estonie, a déclaré à l’AFP que tous deux travaillaient sur un nouveau projet et que Kim Ki-duk devait se rendre à la mi-décembre en Estonie pour une rétrospective à l’occasion de son soixantième anniversaire.

Accusé d’abus sexuel

En 2017, une actrice qui a demandé l’anonymat a accusé Kim Ki-duk d’abus sexuels et physiques lors du tournage du film Moebius , assurant qu’il l’avait giflée et forcée à filmer des scènes de nu et de relations sexuelles qui ne figuraient pas dans le script. Le parquet avait classé sans suite les accusations d’abus sexuels en citant le manque de preuves. Mais le cinéaste s’était vu infliger cinq millions de wons d’amende (4 000 euros) pour agression physique au terme d’une procédure permettant de régler les affaires mineures sans passer par la case procès.

En mars 2019, Kim Ki-duk avait porté plainte contre Womenlink, association influente de défense des droits des femmes de Séoul, qu’il accusait de l’avoir "stigmatisé de manière injuste en tant que prédateur sexuel", lui causant des torts financiers, certains de ses films ayant été privés de distributeurs en Corée du Sud et à l’étranger pour cette raison.

Au cours des dernières années, Kim Ki-duk s’est rendu en Russie et dans d’autres pays ex-soviétiques où il travaillait sur de nouveaux projets. Il a notamment présidé en 2019 le jury principal du Festival international du film de Moscou et présenté son dernier film, Dissolve, au Kazakhstan.

Le critique cinématographique russe Andrei Plakhov a souligné que cet "enfant terrible" du cinéma asiatique était apprécié en Russie pour "sa passion et son attitude désinvolte". "Les films de Kim sont des mythes modernes", a-t-il déclaré au journal russe Kommersant. "Il y a toujours la tentation et la rédemption. Et il y a aussi Dieu qui observe la tragédie et la comédie humaine", a-t-il ajouté, décrivant l’univers du cinéaste.