Un film de Charles Aznavour réalisé par Marc di Domenico, annonce le générique. Tout le monde connaît Charles Aznavour, décédé voici pile un an. Mais qui est Marc di Domenico ? Un directeur artistique musical, réalisateur de clip qui travaillait à un documentaire sur le petit Charles. Un jour, celui-ci lui a ouvert la porte de sa pièce secrète où s’entassaient les boîtes de films tournés depuis qu’Édith Piaf lui avait offert une petite caméra en 1948. "Toi, tu sauras, peut-être, quoi faire de tout cela", lui avait dit le chanteur. Après avoir patiemment tout dérushé et puis pioché dans ses autobiographies et ses notes, il a développé un portrait intime de l’artiste, loin du biopic formaté.


Les quatre Aznavour

Il y a l’Aznavour qu’on connaît, celui qui se voyait déjà en haut de l’affiche, celui qui a un ego et qui confie sa caméra à un autre pour qu’on le filme à côté de Johnny ou de Catherine Deneuve ou sur la scène du Carnegie Hall à New York.

Il y a l’Aznavour acteur, qui met sa petite caméra sur le capot du Taxi pour Tobrouk pour se filmer - en couleurs - avec son ami Lino. Celui qui cadre, fasciné, le vent dans les cheveux d’Anouk Aimée pendant le tournage de La Tête contre les murs de Franju.

Il y a le Charles privé, un homme qui aimait les femmes. Il en marie, il en cache, il en abandonne et il les filme, surtout Ulla qui le filme aussi. Un homme qui filme ses enfants aussi, dont Patrick, fils d’une maîtresse, qui étudie l’arménien par vénération, et meurt d’une overdose à 25 ans.

Et puis surtout, il y a l’Aznavour voyageur qui va d’un coin du monde à l’autre. Il ne filme pas des monuments, des paysages ou des couchers de soleil mais les gens. Les enfants qui jouent, les femmes qui s’activent, les hommes qui tirent des pousse-pousse. "Il y a ceux qui filment pour mettre une distance, moi c’est pour me rapprocher", dit-il. Enfin, c’est la voix de Romain Duris qui parle pour lui. Il filme pour se rapprocher de ceux qui ont une vie rude et précaire comme fut celle de ses parents arméniens qui ont traversé l’Europe à pied pour trouver un toit à Paris. "On entendait nos sommeils dans la même pièce", se souvient-il. Le regard de Charles, c’est celui d’un homme qui se demande, à Hong-Kong, si ces enfants qui travaillent au lieu de jouer - comme lui qui vendait des journaux à la criée dans Paris - ont reçu autant d’amour de leurs parents ? Le regard de Charles, c’est Fellini qui le résume le mieux : "Le matin, c’est la curiosité qui me réveille."

Le Regard de Charles Documentaire De Marc Di Domenico Durée 1h23.

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