Cinéma 54 ans plus tard, l’illustre nanny revient à Londres. Rien n’a changé. Ou presque.

Alors, le retour de Mary Poppins est-il supercalifragilisticexpialidocious ? Cela dépend du sens qu’on attribue au mot.

Si supercalifragilisticexpialidocious veut dire "fidèle à l’original", on peut dire oui, et peut être même un peu trop car c’est la même histoire, dans le même quartier londonien, avec les mêmes personnages, de l’amiral sur son toit, aux enfants même s’ils sont trois. On observe juste que Bert le ramoneur a laissé sa place à Jack l’allumeur de réverbères. Quant à la forme, il s’agit toujours d’une comédie musicale où des prises de vues réelles se mélangent parfois à l’animation.

Si supercalifragilisticexpialidocious veut dire "nostalgie", alors oui, c’est un bain de plus de deux heures. Le récit se déroule une trentaine d’années plus tard puisque Mary Poppins est cette fois la nanny des enfants de Michael, mais rien, strictement rien, n’a changé, pas même l’âge de l’amiral.

Musicalement aussi, on est dans le "tune" de l’âge d’or du musical. Marc Shaiman et Scott Wittman ont composé dans l’esprit des frères Sherman, avec de la délicatesse dans les chansons épurées, du punch dans les airs entraînants, des lyrics soignés. Malheureusement, il manque ce morceau de sucre qui aide la mélodie à couler, la mélodie à couler… Aucun titre n’accroche vraiment l’oreille. Quant à la tentative de remplacer Supercalifragilisticexpialidocious par Luminomagifantastique, elle échoue platement.

L’histoire est un fil rouge dépourvu de suspense dans lequel les séquences musicales, parfois chorégraphiées viennent s’enfiler. Des numéros à l’ancienne où l’on a sollicité les effets spéciaux dans une séquence aquatique à la Esther Williams, mais pas trop dans le voyage en porcelaine, ni dans l’envolée finale. Si Meryl Streep fait une démonstration - oubliable - de son abattage dans un numéro sens dessus dessous, le ballet des falotiers est le seul à oser quelques touches d’anachronisme avec des BMX et des réverbères recyclés en accessoire de pole dance.

Évidemment, la question à 2 pences est : Emily Blunt est-elle supercalifragilisticexpialidocious ?

Le "yes" était hautement improbable et pourtant la comédienne britannique ne fait pas oublier Julie Andrews tout en imposant sa personnalité. Elle a cet éclat dans le regard, cet understatment dans l’esquisse du sourire qui appartient à Mary Poppins. Surprise, c’est Dick Van Dyke qui s’avère irremplaçable, Lin-Manuel Miranda apparaît fade en comparaison.

Ce qui laisse supercalifragilisticexpialidocious en fait, ce qui fait rupture avec l’original, c’est la morale du récit. Mieux vaut écouter son portefeuille que son cœur. Quand il était enfant, Michael a eu raison de placer ses 2 pences à la banque plutôt que de les donner à la femme aux oiseaux. C’est bien une production de l’oncle Picsou !

Réalisation : Rob Marshall. Avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw, Emily Mortimer… 2h04.

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