Cinéma

Réactions et initiatives se poursuivent suite à la tribune "Les acteurs français sont trop payés !" de Vincent Maraval parue dans "Le Monde" ("La Libre" des 31/12 et 02/01). Ce vendeur et coproducteur de films, cofondateur de la société Wild Bunch, y dénonce l’inflation des salaires d’une poignée d’acteurs (avec, en exemple emblématique, Dany Boon, dont le cachet est de 3 millions d’euros), qui met en péril la rentabilité des films français. Vincent Maraval explique ce dysfonctionnement par une dérive des mécanismes de financement public français, pourtant considéré comme parmi les meilleurs du monde. Ce texte a provoqué une onde de choc et délié les langues.

"Amalgame curieux"

Eric Garandeau, président du Centre national de la Cinématographie, organisme public qui soutient le financement du cinéma hexagonal, a réagi pour "Libération". "Les films cités [par Vincent Maraval] sont ceux que les chaînes de télévision s’arrachent et dans lesquels l’argent du CNC est quasiment absent, à hauteur de 5 % du budget global. Il opère un amalgame curieux entre quelques gros films commerciaux qui n’ont pas eu le succès escompté en 2012 et un mécanisme de financement vertueux puisque puissamment redistributif." Se faisant l’écho d’une partie de professionnels, le patron du CNC veut croire à une autorégulation du système. Il craint qu’en cas de réforme, l’on porte atteinte au fragile équilibre du financement du cinéma, alors que le budget du CNC est ponctionné année après année par l’Etat français (et cela ne devrait guère s’arranger) et que la TVA sur les billets de cinéma pourrait passer de 7 à 10 % en 2014, avec un probable impact indirect sur la fréquentation et le budget du CNC (il existe en France une taxe sur la billetterie qui alimente les aides publiques).

Jérôme Clément, ex-président du CNC et d’Arte, a été plus virulent en répondant point par point à Maraval dans "Le Monde" : "Non, le cinéma français ne repose pas sur une économie de plus en plus subventionnée", "Non, il n’est pas honnête de comparer le coût moyen de production d’un film français (5,4 millions d’euros) et celui d’un film indépendant américain (3 millions d’euros)", "Non, il n’y a pas de scandale, ni d’omerta, il y a juste la fierté d’appartenir à un système (...)", "Non, les films français ne sont pas des échecs économiques car (...) ne pas tenir compte de leur vie économique à la télévision est un non-sens absolu."

Mais d’autres détracteurs admettent qu’un problème existe. Dans les pages du "Monde", toujours, un producteur, anonyme, reconnaissait mercredi qu’"il arrive même que le financement d’acteurs principaux ait été négocié avant que l’on établisse le budget [du film]." Il faut alors "faire avec ce qui reste". Un réalisateur nous a confié son expérience sur une production française : "Le scénario a été coupé de 30 pages - près d’un quart - parce qu’on n’avait plus assez d’argent. Mais la star du film était payée 2 millions d’euros " Un professionnel belge nous a aussi rapporté son effarement lorsqu’il a vu passer les contrats d’un grand nom du cinéma français impliqué dans une coproduction. "Quand on doit expliquer aux techniciens ou autres acteurs qu’ils doivent raboter leur salaire, c’est l’incompréhension."

Création d’un groupe Facebook

Des réalisateurs comme Patricia Mazuy ("Sport de Filles"), Olivier Assayas ("Après mai") ou Bertrand Bonello ("L’Apollonide") approuvent Maraval. Un groupe Facebook, "Un Salary Cap pour le Cinéma français", a été lancé par le producteur Gilles Podesta ("Le Magasin des Suicides"). La page est "destinée à soutenir la proposition de Vincent Maraval" - plafonner le salaire des acteurs à 400000 €, avec intéressement aux recettes. De quoi mieux les impliquer en amont (selon le critique Aurélien Fernczi, avant d’être trop payés, les acteurs français, surtout, ne travaillent pas assez !) et en aval. Car, selon une bonne source, malgré leurs émoluments, certaines stars françaises refusent de promouvoir les films ou le font de mauvaise grâce. Alors qu’aux Etats-Unis c’est une obligation contractuelle, dont dépend le règlement de la dernière traite du cachet des acteurs.