C’est le tour du "Roi lion" de faire son come-back en prises de vues réelles.

Avec les résultats financiers que l’on sait, Disney poursuit l’exploitation de son extraordinaire filon qui consiste à réaliser en prises de vues réelles ses classiques de l’animation. Parfois, c’est l’occasion d’apporter un éclairage ou de l’enrichir comme vient de le faire Tim Burton avec Dumbo. Parfois, la transposition est littérale, comme La Belle et la bête et aujourd’hui Le Roi lion.

Le cas du Roi lion est particulier pour de multiples raisons. D’abord, l’œuvre est historique. Sorti, il y a 25 ans, il symbolise la renaissance des studios Disney, la fin d’une lente décadence consécutive à une prise de risque : l’adaptation d’un scénario original. Soit une tragédie, inspirée d’Hamlet, mais dont la noirceur est adoucie par des caractères rigolos et des chansons, signées Elton John. Elles deviendront des tubes comme The Circle of life ou Can you feel the love tonight. Sans parler du phénomène Hakuna Matata.


Ensuite, sociologique. Le pari allait se transformer en triomphe. Non seulement, Le Roi lion allait être un des plus gros succès du studio de l’oncle Walt mais aussi devenir le film fétiche d’une génération d’enfants.

Enfin, pratique. Comment faire jouer ce scénario, scène après scène, par des vrais lions, hyènes, phacochère et même un calao à bec rouge, dans des décors naturels évoquant ceux du film originel dont le fameux promontoire royal ? À première vue - réelle -, impossible n’est pas Disney. Mais, on peut regarder le générique jusqu’à son terme, on n’y trouvera pas la fameuse mention "Aucun animal n’a été maltraité pendant le tournage". Et pour cause, il n’y en a pas, ce ne sont que des effets spéciaux imitant la réalité.

Le résultat est bluffant techniquement, voire même inquiétant tant le niveau de réalisme est saisissant. Il y a du souci à se faire pour les acteurs de marveleries. Dramatiquement, en revanche, tout est visiblement fake avec le lipping parfait des lions qui parlent, les pas de deux des antilopes qui dansent ou la flexibilité des coups de girafes qui composent une arche au petit Simba. Tout ce que la convention du dessin animé admet, devient passablement crétin, voire absurde, dans cette vraie fausse réalité.

Certes, le fond de l’histoire est d’une telle force qu’elle survit à toutes les formes, mais ce réalisme virtuel, cet anthropomorphisme exacerbé n’apportent que de la confusion et du ridicule, là où les masques de l’adaptation théâtrale injectaient de la poésie.

On aurait pu reprendre les voix originelles mais commercialement, Beyoncé et Donald Glover, c’est plus vendeur aujourd’hui même si, évidemment Jeremy Irons est insurpassable dans le rôle de Scar et Rowan Atkinson dans celui de Zazu.

C’est peu dire que la 3D augmente encore ce sentiment malsain de l’arrogance humaine qui domestique la nature au point de la dévitaliser, d’éradiquer son caractère sauvage qui fait sa beauté.

Le roi Lion / The Lion King Opération commerciale De Jon Favreau Avec les voix de Donald Glover, Beyoncé, Seth Rogen… Durée 1h58.

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