Herman J. Mankiewicz, alias Mank (Gary Oldman à l'écran)

Si l'on a surtout retenu aujourd'hui le nom du grand réalisateur Joseph L. Mankiewicz, c'est son frère Herman (1897-1953) qui l'a introduit à Hollywood. Fils d'immigrés juifs allemands, "Mank" est surtout connu comme scénariste de Citizen Kane (qui lui vaudra en 1942 un Oscar, partagé contre son gré avec Orson Welles). Mais il a coécrit de nombreux autres films hollywoodiens, que ce soit pour George Cukor, W.S. Van Dyke, King Vidor ou Robert Siodmak.

De 1931 à 1933, il fut également le producteur délégué de trois classiques des Marx Brothers: Monnaie de singe, Plumes de cheval et La Soupe au canard.

Marion Davies (Amanda Seyfried)

Maîtresse de William Randolph Hearst de 1917 à 1951 — Mankiewisz s’en inspire pour créer le personnage de la chanteuse Susan Alexander Kane dans Citizen Kane —, Marion Davies (1897-1961) a travaillé à Hollywood dans les années 20 et 30, après avoir été découverte à Broadway dans les Ziegfeld Follies en 1916. Soutenue par Hearst, elle est apparue dans le rôle-titre de Dulcy (1930) de King Vidor ou dans Going to Hollywood (1933) de Raoul Walsh.

© Marion Davies & Mank © Netflix

William Randolph Hearst (Charles Dance)

Homme d'affaires américain tout-puissant, William Randolph Hearst (1863-1951) doit sa fortune à son père George Hearst, industriel minier multimillionnaire. Lequel lui confie les rennes du San Francisco Examiner en 1887, où Hearst devient un champion de la lutte contre la corruption. Perdant progressivement ses idéaux, il se transforme en un magnat de la presse. Possédant des journaux sur tout le territoire américain, il fut notamment à l’origine du comic strip.

Hearst se lance également dans la production cinéma, notamment pour soutenir la carrière de sa maîtresse, l'actrice Marion Davies. Avec laquelle il s'installe dans l'impressionnant Hearst Castle à San Simeon en Californie, le modèle du Xanadu de Citizen Kane, dont il est le héros malgré lui. Hearst fera d'ailleurs tout pour empêcher le succès du film d'Orson Welles.

Louis B. Mayer (Arliss Howard)

Avec William Fox et Darryl F. Zanuck (20th Century Fox), les frères Warner (Warner Bros.), Adolph Zukor et Jesse L. Lasky (Paramount) et Carl Laemmle (Universal), Louis B. Mayer (1885-1957) est l'un des pères fondateurs d'Hollywood. Issu d'une famille juive ukrainienne, Mayer débute dans l’industrie cinématographique en achetant une salle à New York en 1910. Installé en Californie en 1917, il devient producteur et fonde la Louis B. Mayer Pictures, qui fusionne en 1924 avec la Goldwyn Pictures Corportation et la Metro Pictures Corporation pour créer la mythique Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), dont Mayer devient vice-président.

Prototype du nabab hollywoodien — en 1937, il a déclaré au fisc américain 1,2 millions de dollars, le plus haut salaire de l'année! —, Mayer a contribué au développement du système des studios hollywoodiens. Tyrannique, fabriquant de stars (de Shirley Temple à Judy Garland, en passant par Mickey Rooney) — même s'il assurait que la seule star de la MGM était Léo, le lion du logo —, il régna en maître sur Hollywood jusqu’à la fin des années 40, grâce à des productions de prestige souvent oscarisées comme Grand Hotel, Les Révoltés du Bounty, Autant en emporte le vent, Le Magicien d'Oz ou Un Américain à Paris.

Mank se serait inspiré de Mayer pour créer Mr Bernstein, le bras droit de Kane dans Citizen Kane.

© Louis B. Mayer & William Randolph Hearst ©Netflix

Orson Welles (Tom Burke)

On ne présente plus ce génie qui, à 25 ans, coécrivit, produisit, réalisa et joua dans Citizen Kane (1941), l'un des plus grands chefs-d’oeuvre du 7e Art. Issu du théâtre (avec sa troupe Mercury) et de la radio, Orson Welles (1915-1985) enchaîna avec La Splendeur des Amberson (1942), Le Criminel (1946), La Dame de Shanghaï (1947), La Soif du mal (1958) ou Le Procès (1962).

Ambitieux et perfectionniste, le cinéaste est aussi connu pour ses nombreux films inachevés, comme Don Quichotte (1957) ou The Other Side of the Wind (1970-76), finalement monté par Peter Bogdanovich (qui jouait dans le film aux côté de John Huston) et présenté sur Netflix en 2018.

© Netflix

John Houseman (Sam Troughton)

Juif roumain émigré aux États-Unis, John Houseman (1902-1988) débuta sa carrière au théâtre dans les années 30 aux côtés d’Orson Welles, avec qui il coupe les ponts à l’issue du tournage de Citizen Kane, dont il fut producteur. Dans Mank, on le voit ainsi jouer les intermédiaires entre le scénariste et le réalisateur.

Houseman fut ensuite producteur pour la Paramount, la MGM et Universal — on lui doit par exemple Les Ensorcelés de Vicente Minnelli en 1952 ou Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang en 1955 —, avant d’entamer une carrière d’acteur dans les années 70 et 80. On l’a vu, par exemple, dans Fog de John Carpenter ou Scrooged de Richard Donner.

Upton Sinclair (Bill Nye)

Écrivain prolifique — son roman Les Griffes du dragon a reçu le Prix Pulitzer en 1943, tandis que Pétrole! (1927) était porté à l’écran par Paul Thomas Anderson dans le génial There Will Be Blood en 2007 —, Upton Sinclair (1878-1968) fut l'un des grands promoteurs du socialisme aux États-Unis.

Après avoir vainement tenté de produire le Que Viva Mexico! de Sergueï Eisenstein au Mexique entre 1931 et 1933, dans une étrange alliance entre Hollywood et l'industrie cinématographique soviétique, Sinclair se présente au poste de gouverneur de Californie en 1934. Lors de celle-ci, l’écrivain devra faire face à une véritable campagne de désinformation de la part de William Randolph Hearst. Un épisode retracé dans Mank.

Joseph L. Mankiewicz (Tom Pelphrey)

Cadet de 12 ans de Mank, Joe Mankiewicz (1909-1993) débute comme scénariste à ses côtés à la Paramount, puis à la MGM. Nommé à l'Oscar du meilleur scénario pour L'Ennemi public n°1 de W.S. Van Dyke, il obtient de Louis B. Mayer de devenir producteur (notamment de Furie de Fritz Lang), avant de s'imposer comme l'un des plus grands réalisateurs de son époque au sein de la 20th Century Fox, grâce à Eve avec Bette Davis (Oscar du meilleur film 1950).

On lui doit également Jules César (1953) pour la MGM et Cléopâtre (1963) pour la Fox, mais aussi, pour sa propre compagnie de production Figaro Inc., La Comtesse aux pieds nus (1954), avec Ava Gardner, ou Soudain l'été dernier (1959), d'après Tennessee Williams avec Katarine Hepburn. Il signe son dernier chef-d'oeuvre en 1972, Le Limier, avec Laurence Olivier et Michael Caine.

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David O. Selznick (Toby Leonard Moore)

Né dans une famille juive d’un père distributeur de films, David O. Selznick (1902-1965) est l'un des plus grands producteurs de l'âge d'or d'Hollywood. Passé par la MGM, la Paramount et la RKO, il fonde ensuite son propre studio, la Selznick International Pictures.

Selznick a reçu l'Oscar du meilleur film à deux reprises, pour Autant en emporte le vent (son chef-d'oeuvre en 1939, pour lequel il épuisa trois réalisateurs: George Cukor, Victor Fleming et Sam Wood) et pour Rebecca, le premier film hollywoodien d'Hitchcock l'année suivante.

Selznick a également produit Haute société, Les Quatre filles du docteur March et David Copperfield de Cukor (1933-1934), le mythique King Kong (1933), Une étoile est née de William Wellman (1937) ou encore Le Troisième homme de Carol Reed (1949), avec Orson Welles.

Irving Thalberg (Ferdinand Kingsley)

Surnommé le "Wonder Boy", le fringuant Irvin Thalberg (1899-1936) a eu une carrière de producteur aussi brève que brillante. Passé par la Universal (où il produit notamment Folles de femmes d'Erich von Stroheim en 1922), il rejoint dès 1924 Louis B. Mayer à la MGM, pour qui il produit La Grande Parade de King Vidor, mais aussi le Grand Hôtel (Oscar du meilleur film 1932) avec Joan Crawford, Les Révoltés du Bounty (Oscar du meilleur film 1936), Une nuit à l'opéra (1935) des Marx Brothers ou encore le Roméo et Juliette(1936) de George Cukor.

Jaloux de son succès, Mayer profite de la santé fragile de Thalberg pour le remplacer par David O. Selznick et Walter Wanger à la tête du département production de la MGM. Le producteur meurt d'une pneumonie à l’âge de 37 ans, alors qu'il travaillait sur le futur Marie-Antoinette de W.S. Van Dyke avec, dans le rôle-titre, son épouse Norma Shearer.

Ben Hecht (Jeff Harms)

Né dans une famille immigrée juive, Ben Hecht (1894-1964) débute sa carrière comme romancier, avant de passer à Hollywood grâce à Josef von Sternberg, qui lui confie le script des Nuits de Chicago, grâce auquel il empoche le premier Oscar du meilleur scénario en 1929.

David O. Selznick considérait Hecht comme le plus grand scénariste de l’histoire du cinéma, grâce à ses scripts pour Scarface (1932) d’Howard Hawks, La Chevauchée fantastique (1939) de John Ford, Autant en emporte le vent (1939) ou encore Lifeboat (1944) d’Alfred Hitchcock.

Charles Lederer (Joseph Cross)

Neveu de l’actrice Marion Davies, Charles Lederer (1910-1976) fut, comme on le voit dans Mank, scénariste pour Hollywood. Il a notamment travaillé sur Broadway Sérénade (1939) de Robert Z. Leonard, La Dame de Shanghaï (1947) d’Orson Welles (dont il épousa l’ex-femme Virginia Welles) ou Monkey Business (1952) d’Howard Hawks.

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