Cinéma

Les bonnes intentions. L’enfer en est pavé. Et le film de Gilles Legrand, quelles sont ses intentions ?

D’abord, il y a l’intention de mettre mal à l’aise, d’interpeller notre indifférence à l’égard des conditions de vie dans lesquelles les étrangers, les migrants, les sans papiers sont condamnés sous nos ciels égoïstes. Isabelle, son héroïne, se démène 24 h sur 24 h pour les aider.

C’est vrai qu’elle fait beaucoup. Elle en fait même trop, négligeant sa famille - "ils ont tout, ils n’ont besoin de rien" - et culpabilisant chacun de ses interlocuteurs.

Et si l’intention était, en fait, de se moquer d’une pasionaria de la misère du monde et de se payer au passage la tête d’Agnès Jaoui, piégée par un excès d’autodérision?


Et si l’intention était de se faire une comédie humanitaire, les élèves de son cours d’alphabétisation ne forment-ils pas un échantillon représentatif de clichés ? Même sa collègue allemande n’y échappe pas, c’est carrément la petite-fille d’Himmler. Là, le film devient déplaisant. Si encore la comédie tenait la route, mais bien qu’il y soit beaucoup question d’auto-école, le rire est bloqué au point mort.

Le film rendrait même plutôt agressif, tant ce portrait des bénévoles, comme autant d’individus frustrés qui soignent leurs névroses familiales en aidant les autres, a quelque chose d’indécent, de rance, de puant même. On ne fait pas de bons films ni avec des bonnes intentions, ni avec de mauvais réalisateurs.

Réalisation : Gilles Legrand. Scénario : Leonore Confino, Gilles Legrand. Avec Agnès Jaoui, Alban Ivanov… 1h43.