Maxime (Niels Schneider) arrive en Provence pour passer quelques jours chez François (Vincent Macaigne). Retenu à Paris par une urgence professionnelle, celui-ci demande à sa nouvelle compagne Agnès (Camélia Jordana) d’accueillir son cousin.

Histoire de faire connaissance, Maxime et Agnès se racontent leurs histoires sentimentales : comment, déçu par Victoire (Julia Piaton) Maxime s’est retrouvé à cohabiter avec Sandra (Jenna Thiam), qui l’avait tant fait rêver, et son meilleur ami Gaspard (Guillaume Gouix), tombé amoureux de celle-ci et comment Agnès, elle-même bleue d’un réalisateur de renom (Louis-Do de Lencquesaing) succomba à François, pourtant marié à Louise (Emilie Dequenne). C’est déjà beaucoup et tout cela mènera les protagonistes quelques étapes plus loin, encore.

Film après film, Emmanuelle Mouret réalise le rêve de Maxime : déployer non pas des "histoires d’amour" mais des "histoires de sentiments". Car ces derniers ne débouchent pas toujours que sur l’amour, mais aussi sur la passion, le désir ou le simple plaisir…

Chez Mouret, les uns comme les autres ne sont jamais un long fleuve tranquille et les relations sont toujours à tiroirs (montés sur ressorts). Dans le romanesque, rien de tel pour tendre aux spectateurs autant de miroirs où chacun pourra se reconnaître.

Malgré la multiplication des personnages et le va-et-vient de leurs relations, on ne s’y perd pourtant jamais. Les confidences et les péripéties coulent, comme les dialogues, très écrits mais si joliment dits par des comédiens et comédiennes, chacun excellent dans son registre.

Joué par un autre que Macaigne, François aurait pu être un salaud sans cœur. Il en devient un modèle de fragilité incertaine, sincère malgré ses maladresses coupables. De même, de prime abord effacée et peu présente, Emilie Dequenne réussit en une scène de confession une discrète mais magnifique OPA sur le film - offrant au réalisateur le moment à la fois le plus douloureux (émotionnellement) et le plus beau (cinématographiquement).

Il faut à tous les postes - du réalisateur-scénariste à la comédienne, en passant par le cadreur et la déco - du talent pour faire de ce moment littéraire un grand instant de cinéma sans esbroufe.

L’amour (ou les sentiments, donc) reste une multiplication de points d’interrogation aux yeux de l’auteur : pas de réponse définitive (sauf, peut-être, encore une fois, le don ultime du personnage d’Emilie Dequenne), pas de conte moral (Mouret ne juge jamais ses personnages), plutôt des cœurs en hiver qui cherchent l’amour en fuite. Ce n’est pas de l’amour courtois (même si certaines et certains en rêvent encore), c’est peut-être un peu bourgeois (tous ces gens aisés habitent des demeures magnifiques), c’est surtout délicieusement badin et frivole. Car, comme le dit Agnès, pourquoi mettre de la gravité là où il n’y en a pas ?

Le cinéma d’Emmanuel Mouret, c’est celui de Woody au pays d’Eric, François, Claude et les autres.

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait Comédie sentimentale D’ Emmanuelle Mouret Scénario Emmanuelle Mouret Avec Niels Schneider, Camélia Jordan, Vincent Macaigne Durée 2h02.

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