Les doigts de fée d'une veuve poignet

H. H. Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Maggie est une grand-mère sans histoires. Depuis quelques mois, elle a tout perdu - maison, économies... - pour tenter de venir en aide financièrement à son fils Tom et à sa femme Sarah, qui ne peuvent financer les soins à apporter à leur petit Ollie. Cela ne suffit pas. Alors, pour payer le voyage de la dernière chance à Sydney qui pourrait sauver son petit-fils, Maggie recherche un travail. Mais il n'est pas facile à son âge de se réinsérer dans la vie active... Elle tombe, placardée à la devanture d'un sex-club londonien, sur une offre d'emploi : "Hôtesses demandées". A bout d'idées, elle franchit le seuil du "Sexy World" et pénètre dans un univers qui lui est totalement étranger. Sans y croire vraiment, elle propose ses services. Mais qui voudrait d'une hôtesse de son âge ? Emu par son histoire, le patron, Miki, a peut-être une idée. Il la prend à l'essai dans les coulisses des "Glory Holes". Armée d'un pot de vaseline, la vieille dame prend son courage à deux mains pour satisfaire ses clients, cachés de l'autre côté du mur et dont elle ne découvre que le sexe...

La situation d'"Irina Palm" est totalement tragique, voire glauque. Et pourtant, Sam Garbarski la transforme en fable légère sur le devenir des vieux grâce à un humour... très british. La chose est inhabituelle. En effet, pour son second long métrage, le cinéaste belge s'en est allé poser sa caméra en Angleterre pour filmer le parcours de cette grand-mère courage. S'il ne s'agissait pas là de son premier choix, comme l'explique Garbarski (lire ci-dessous), la transposition de l'histoire en Grande-Bretagne est sans doute décisive dans la réussite du projet, tout comme le choix de confier le rôle principal à Marianne Faithfull, convaincante en vieille dame avec ses faux airs d'Annie Girardot, face à un toujours excellent Miki Manojlovic.

Cette "délocalisation" permet, en effet, au réalisateur et à son fidèle scénariste Philippe Blasband, avec qui il travaille depuis ses premiers courts métrages, de renouer dans un premier temps avec la comédie sociale anglaise, tendance "Full Monty" plutôt que Ken Loach. En effet, si l'humour est toujours présent, flirtant sans cesse avec la vulgarité sans y sombrer, il n'enlève cependant rien à la force de l'évocation du destin de cette sexagénaire qui, grâce à la tragédie qui la frappe, va lutter pour retrouver une raison de vivre, une place dans la société et, peut-être, l'amour, là où elle l'attendait le moins.

Cette légèreté dans l'approche permet simplement de rendre la situation plus acceptable, moins lourde, et de pouvoir décrire ce métier pas banal de "veuve poignet" sans verser dans le pathos. Du film social très ancré dans le quotidien anglais, Garbarski glisse vers une tragi-comédie bouleversante. Gommant le lyrisme maladroit de son précédent "Tango des Rashevski", il gagne en universalité et livre un petit film qui possède une qualité rare, celle d'inscrire sur le visage de ses spectateurs un sourire sincère.

H. H.

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