Cinéma

A Cannes, on a vu les intermittents du spectacle manifester pour les droits. Plus discrètement, la famille Dorkel s'inquiète des siens et de ceux de sa communauté. Ils sont venus à Cannes accompagner "Mange tes morts" de Jean-Charles Hue. Cette suite à son premier film La BM du Seigneur part de la réalité des Yéniches, les gens du voyage, pour évoluer en une fiction métaphorique interrogeant la transmission et l'évolution de la culture gitane.

Jean-Charles Hue a rencontré les Dorkel il y a vingt ans. "Il est arrivé un jour en nous disant qu'il était à la recherche de ses racines", se souvient Fred, comédien dans les deux films. Le grand-père du réalisateur était un nomade sédentarisé. "Moi, les anciens, je ne les connaissais pas. Mais je l'ai emmené chez ma grand-mère." De cette quête, Hue a trouvé matière à cinéma.

Pour les Dorkel, Cannes est l'opportunité de faire connaître leur communauté méconnue : ni Tziganes, ni Roms, parfois blonds comme les blé, tel Moïse, les Yéniches sont "les gitans des gitans" selon Hue. Joseph, l'avenant oncle de Fred, formule une demande : "ce serait bien si le film ouvrait une fenêtre sur nos problèmes".

En France, ça devient difficile." Sur les routes, les caravanes sont interdites. De plus en plus de municipalités refusent aux gens du voyage l'installation. "On nous propose seulement les aires d'autoroute". Fred, lui, avait trouvé la solution, via un maire conciliant : acheter un terrain, où il pourrait installer sa caravane. Las! Les lois municipales interdisent une occupation temporaire de plus de trois mois.

Ils savent que l'Europe vote le 25 mai. Mais sont lucides : "à part deux ou trois élus, on n'intéresse personne". Cannes ne sera pour eux qu'un arrêt encore plus bref. Mais ils espèrent que les projecteurs éteints, on ne les oubliera pas.