Les douaniers de Koorkin

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Un titre la une - L’adieu aux douanes - provoque un cri intersidéral de désespoir. Ruben Vandevoorde vient de perdre sa raison de se lever le matin : contrôler minutieusement l’étranger qui vient manger le pain des Belges, acheter l’essence des Belges, fumer les clopes des Belges. Surtout le Français. Ah, les "Camemberts", il ne peut pas les sentir...

Mais cette disparition des frontières est-elle la pire nouvelle qui puisse lui arriver ? Eh, bien non. Vu qu’il a pourri la vie de son chef en poussant régulièrement le bouchon au-delà de la barrière, celui-ci lui a mitonné sa reconversion : il fera partie de la première équipe de douane volante franco-belge. "Belgo-française" rectifierait spontanément Ruben. Là, il ne s’agit plus d’arrêter les Français mais les trafiquants en tous genres.

Certes, les frontières existent toujours, mais le petit monde autour du poste de douane a disparu. Comme le cinéma de papa. Qu’importe, Dany Boon a décidé de ressusciter les deux.

D’un côté un petit monde à la Don Camillo, avec son bistrot, son église, sa haine folklorique du voisin nourrie aux clichés. Elle n’est plus idéologique entre catholiques et communistes — ce ressort est rouillé — mais simplement raciste entre Belges et Français. Vandevoorde et Ducatel n’ont objectivement pas de raison de se détester; c’est juste viscéral, peut-être même génétique.

De l’autre côté, il y a le retour du cinéma de Fufu en maréchal des logis chef et de Bourvil en corniaud. Benoît Poelvoorde et Dany Boon ont troqué l’uniforme des gendarmes contre celui des douaniers et ils mettent tout leur cœur à faire revivre ces personnages hauts en couleur.

Dany Boon est un artisan doué dans la mesure où il parvient à reproduire à l’identique, ou presque, avec des acteurs d’aujourd’hui, un cinéma qui n’existe plus. Si on est allergique au parfum de la nostalgie, c’est irrespirable, tant "Rien à déclarer" sent le rétro. Mais Dany Boon a eu l’intelligence de situer l’action dans les années 90 alors que son thème reste d’actualité. De la Serbie à la Flandre, les nationalistes ont même proliféré fièrement ces deux dernières décennies. Patriote — celui qui aime son pays — est devenu un mot ringard; alors que nationaliste — celui qui déteste ses voisins — est très populaire, enfin populiste.

Tout le cœur de Dany et Ben, entourés d’un chœur d’acteurs savoureux. Les Bouli, Damiens, côté belge, et les Bruno Lochet, Guy Lecluyse, Zinedine Soualem, côté français, s’amusent à jouer les Galabru, Jean Lefèvre et Christian Marin du XXIe siècle. Karin Viard rejoint la bande avec un plaisir hénaurme. Et tout comme il avait mis en valeur Anne Marivin dans les "Ch’tis", Dany Boon lance Julie Bernard, jolie comme un cœur en chocolat, ce qui tombe bien puisqu’elle est vendeuse chez Godiva. Au-delà, malheureusement, le casting est beaucoup plus approximatif. Par rapport à Gérard Oury ou Jean Girault, Dany Boon essaie d’apporter, dans la scène des étoiles notamment, sa touche de poésie mais elle n’est pas exempte de mièvrerie et de sentimentalisme.

Avec toute son âme, Dany Boon propose une variation sur un thème qui était déjà celui des "Ch’tis", le racisme. Ce sentiment, le petit Dany, né d’un père kabyle et d’une mère française rejetée par sa famille, l’a vécu dans sa chair toute son enfance. Il l’exorcise aujourd’hui au moyen du cinéma populaire espérant toucher le plus grand nombre avec le sourire. Ch’est bien biloute !

Réalisation, scénario : Dany Boon. Musique : Philippe Rombi. Avec Dany Boon, Benoît Poelvoorde, Karin Viard, François Damiens, Bouli Lanners 1h48

Fernand Denis

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