Les Magritte du cinéma sont venus couronner, le 2 février, les meilleurs films francophones de l’année 2012. Dans quelques semaines, le Centre du cinéma et de l’audiovisuel (CCA) de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui soutient producteurs et réalisateurs dans le financement des films, présentera son bilan chiffré. "La Libre" a publié le 30 janvier, en primeur, les chiffres de fréquentation des 12 derniers mois. Le bilan est encourageant. On constate une hausse de la fréquentation des productions belges francophones de 72 % en France et en Belgique. Vingt-cinq films majoritaires (c’est-à-dire artistiquement et financièrement majoritairement belges) sont sortis dans les salles en 2012, contre neuf l’année précédente, ce qui reflète le dynamisme de la création - ce que reflète aussi le nombre de talents belges nommés aux César français.

Tout est-il rose pour autant ? Les échanges assez vifs lors de la conférence de presse consécutive aux Magritte (lire "La Libre" du 4/2) rappellent que les films belges francophones font encore peu d’entrées comparativement aux films flamands. Frédéric Delcor, secrétaire général de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont dépend le CCA, a évoqué avec nous les enjeux pour l’année 2013.

72 % de hausse de fréquentation en France et en Belgique pour les films belges francophones, cela paraît considérable. Que cache ce chiffre ?

Il faut relativiser ces chiffres. En Belgique, on produit un petit nombre de films. Une hausse peut tenir à un seul grand succès. Cette année-ci, "Ernest et Célestine" de Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar, "A perdre la raison" de Joachim Lafosse et "38 Témoins" de Lucas Belvaux ont réalisé de beaux scores. Mais contrairement à la majorité des autres pays, et à la Flandre, on constate que notre cinéma n’arrive pas en deuxième position des entrées après le cinéma américain. C’est parce que nous avons la particularité d’avoir un grand frère en termes de cinématographie : la France. Mais les chiffres 2012 sont quand même très corrects. Même s’il existe des marges de progression.

Les Magritte peuvent-ils avoir un impact sur la fréquentation ?

On le verra sur le long terme. L’enjeu est aussi en termes d’image. Pour les Wallons et les Bruxellois, il s’agit aussi de leur donner foi en leurs talents, en leurs artistes. Nos régions ont besoin de gens qui entreprennent et qui osent. Notre cinéma est un bel exemple de réussite, reconnue à l’étranger.

Concernant la diffusion, on manque cruellement de salles. La Belgique est un des pays d’Europe qui a le ratio écran/habitants le plus faible...

C’est un vrai défi. Mais nous avons de belles perspectives à l’horizon 2014. Il y a un nombre important de nouvelles salles art et essai qui vont ouvrir. Il y aura enfin le Palace, à Bruxelles, qui va se concrétiser. Un nouveau complexe va s’ouvrir à Namur et Le Parc va étendre son offre à Charleroi. Il y a longtemps qu’on n’aura plus créé autant de salles en Belgique francophone.

Il y a un débat en France sur les dérives du système de financement des films. Chez nous, c’est le mécanisme du tax shelter qui est pointé du doigt. Même s’il est de la compétence du gouvernement fédéral, le Centre du cinéma et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles est impliqué dans sa réforme, qui est en cours.

C’est notre premier sujet de préoccupation. Le tax shelter représente la deuxième source de financement des films, après le CCA. Ce mécanisme a fini par induire une surenchère et une concurrence entre les opérateurs pour rémunérer au mieux les investisseurs. Or, plus on donne à ces derniers en rendement important, moins il y a de l’argent pour le film. C’est une relative dérégulation du tax shelter, qui n’était pas dans les intentions du législateur. Le Fédéral doit se demander si le rapport entre ce qui fait l’objet de l’exonération fiscale et l’argent qui va réellement dans un film n’est pas disproportionné. De notre point de vue, qui est d’abord culturel, est-ce que cette concurrence exacerbée à la rémunération de l’investisseur ne risque pas d’appauvrir la diversité et le dynamisme de notre cinéma ? Un projet est sur la table du ministre des Finances qui, je l’espère, aboutira rapidement.

Le CCA octroie des avances sur recettes aux projets de longs métrages, de courts métrages, de documentaires et productions télé. Y aura-t-il des évolutions en 2013 ?

Il faut toujours faire des ajustements pour s’adapter à l’évolution du secteur, avec lequel nous sommes en concertation permanente. Nous avons par exemple baissé les barèmes des avances pour les longs métrages majoritaires, afin de soutenir plus de projets. Mais le grand défi du moment, c’est le développement des fictions télé, les séries notamment. C’est un enjeu économique, car c’est un secteur structurant pour l’industrie audiovisuelle, mais aussi culturel, car les séries populaires, comme on le voit à l’étranger ou en Flandre, créent des référents culturels, une identification du public avec ses acteurs, des thématiques locales, des lieux emblématiques. Nous menons une réflexion avec la RTBF et Wallimage, le fonds audiovisuel wallon, afin de créer une enveloppe commune en vue de développer ce segment. J’espère là aussi que cela aboutira en 2013.