Adaptation louable du roman de Yasmina Khadra mais qui ne fera pas le printemps.

A Kaboul, aux lendemains de la prise de pouvoir par les talibans, l’application de la charia menace plus particulièrement les femmes. Le jeune Mohsen assiste - et prend part, sous la pression - à la lapidation publique d’une femme. Il tente de maintenir sa vie avec Zunaira, qui rêve de dessiner sur les murs ou de danser avec Mohsen. Leur destin va croiser celui d’un couple plus âgé : Atiq, ex-moudjahidin devenu gardien d’une prison pour femmes, et Mussarat, son épouse agonisante. Tous sont prisonniers d’une Histoire qui leur échappe.

Attention : danger. Qui trop embrasse, mal étreint. Le cinéma d’animation européen - et français, en particulier - n’en finit plus de faire œuvre d’édification sur de nobles causes. De la case documentaire à la fiction se succèdent désormais à un rythme régulier les films d’animation tendant au public occidental les reflets de drames d’ailleurs, certes avérés et à condamner.

Mais le risque du discours prémâché menace - comme celui de susciter paradoxalement la lassitude à force de condamnations toutes faites. Ainsi de ces Hirondelles de Kaboul, qui survolent à leur tour l’histoire récente de l’Afghanistan, déjà abordée il y a à peine plus d’un an sous une forme proche dans The Breadwinner de Nora Twomey. Les deux traitent de l’oppression des femmes sous le régime taliban et sont adaptés de récits de fiction best-sellers - le premier d’après le roman éponyme de Yasmina Khadra (nom de plume de Mohammed Moulessehoul), le second d’après Parvana, une enfance en Afghanistan, de Deborah Ellis.

Pour Les Hirondelles de Kaboul, au talent litttéraire de Khadra, sont associés ceux de la comédienne et metteuse en scène Zabou Breitman et l’animatrice Eléa Gobbé-Mévellec, issue de l’Ecole des Gobelins (creuset de l’animation française). Ajoutons, pour les voix, Hiam Abbas, Zitat Hanrot, Simon Abkarian, Swann Arlaud, pour souligner qu’artistiquement parlant, le résultat est de haute tenue.

La forme est néanmoins un brin timorée, avec cette esthétique héritée de la néo-ligne claire du roman graphique des années 2000 (on pense, contexte aidant, à la bande dessinée documentaire Le Photographe (2003-2006) signée par Emmanuel Guibert, Frédéric Lemercier et Didier Lefèvre), palette de couleurs désaturées incluse. Le critique se retrouve pris en otage de cette belle facture, rodée depuis une décennie maintenant, et de l’ode humaniste et pédagogique à la liberté et à l’égalité des genres - avec métaphore patentée dans le titre, jusqu’à l’espoir d’un improbable printemps que, selon l’adage, une hirondelle ne peut faire.

Mais si les deux méritent encore et toujours d’être défendues et assénées, on peut se demander si, à force de répétition sans grande variation sur la forme ou le fond, ces œuvres ne risquent pas de ne prêcher qu’un public de convertis de plus en plus restreint (on ose espérer le contraire). Manque à ces démarches engagées des formes plus radicales ou des voix plus authentiques qui, sans atténuer l’horreur, conféreraient à sa nécessaire condamnation, le souffle et le relief du vécu pour dépasser les bonnes intentions.

Les Hirondelles de Kaboul Animation engagée De Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec Scénario Zabou Breitman, Patricia Mortagne, Sébastien Tavel Avec les voix de Hiam Abbas, Zitat Hanrot, Simon Abkarian, Swann Arlaud Durée 1h20.

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