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Cinéma

Les naufragés de l’espace

A.Lo.

Publié le - Mis à jour le

Un vaisseau spatial extraterrestre s’arrête au-dessus d’une mégapole. Au cinéma, on a déjà vu ça cent fois. Généralement, ça ne se passe pas trop bien, les visiteurs des étoiles s’en prenant derechef à notre pauvre petite humanité. Histoire de varier les plaisirs, on avait déjà vu ces dernières années le film de baston intersidéral prendre la forme du faux documentaire (mockumentary, en anglais dans le texte). Sous les auspices de Peter Jackson (à la production), Neill Blomkamp réussit l’exploit, sur le papier du moins, de proposer une variante. Géographique, d’abord, puisque ce ne sont cette fois ni L.A., ni New York, ni Washington D.C. qui font office de destination, mais le Johannesburg natal du réalisateur. Thématique, ensuite, puisque, inversant la proposition, Blomkamp fait des E.T. des boat people de l’espace, immigrés indésirables aussitôt parqués dans un township. On les y abandonne à leur sort pendant vingt ans, avant qu’une world company sans scrupule, la MultiNational United (MNU), décide de raser le chancre que constitue le District 9. La métaphore avec feu l’apartheid est évidemment transparente, mais peut aussi être étendue à tous les flux migratoires, jusque sur nos rivages européens. Cela suffisait largement à (auto)alimenter un buzz flatteur, d’autant que le film a fait un carton au box-office sud-africain - pouvait-il en être autrement pour le premier film de S.F. local ?

Jugée sur pièce, la proposition tient la distance une bonne demi-heure. On se dit d’abord que Blomkamp et sa coscénariste Terri Tatchell sont bien partis pour régler son compte à une humanité viscéralement sectaire et belliciste, prompte à éradiquer tout ce qui est différent, dérageant et effrayant - en cherchant, aussi, au passage, à en tirer quelque juteux profit. On frise même la satire, avec un humour plutôt décapant, et la figure d’une espèce de Borat afrikaner en la personne de Wikus van der Merwe (Sharlto Copley qui fait la moitié du film par son interprétation), bureaucrate zélé et bas du front, chargé de mettre en œuvre la descente des forces de la MNU, antihéros parfaitement assumé - seul mérite authentique du film.

Car passé les grilles du District 9, la caméra reprend sa fonction fictionnelle classique, démonstration des limites de l’inspiration du metteur en scène. Le scénario vire alors à la tambouille fusion, mêlant "La Mouche" de Cronenberg au plus commun des shoot’em up pour gamer intoxiqué. C’est là que Neill Blomkamp tombe le masque. Loin d’être un génial auteur qui aurait un réel point de vue à défendre, il se révèle un faiseur un brin opportuniste et inconséquent (voir la caricature à laquelle il réduit les immigrés nigérians, tous trafiquants sanguinaires et sans scrupule), qui semble surtout faire de ce court métrage étiré en longueur une bande démo revancharde : n’éprouverait-il pas quelque frustration de n’avoir pas décroché le poste de réalisateur pour l’adaptation du jeu interactif "Halo" ?

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