En pleine polémique autour du film "La vie d'Adèle", le Huffington Post a décidé de s'intéresser aux tournages les plus chaotiques que le cinéma ait connus. A l'instar du lauréat de la Palme d'or du dernier Festival de Cannes, la réalisation de nombreux chefs-d'oeuvre a donné lieu à de véritables affrontements entre réalisateurs, acteurs et techniciens.

Les piques que se lancent Abellatif Kechiche et Léa Seydoux, depuis quelques semaines, ont l'air d'élégantes politesses en comparaison avec certains "clashs" mythiques. En 1974, sur le tournage de "Chinatown", l'actrice Faye Dunaway a jeté un gobelet rempli d'urine à la tête du réalisateur, Roman Polanski. Celui-ci refusait d'accorder une pause à sa vedette, qui en avait apparemment grandement besoin. Malgré cet incident la performance de l'actrice lui permit d'obtenir une nomination aux Oscars.

Le Franco-Polonais n'est pas le seul grand nom du cinéma à avoir la réputation de mener la vie dure à ses stars. Jack Nicholson et Malcolm Mcdowell, héros respectifs de "Shining" et d'"Orange Mécanique", ont tous deux reconnu avoir vécu une expérience horrible, sous les ordres de Stanley Kubrick. Pour "Shining", le réalisateur américain a dépassé toutes les limites en faisant refaire des prises jusqu'à 127 fois! Le stress provoqué par cet environnement détestable faisait perdre ses cheveux à Shelley Duvall. Alors qu'il avait une quarantaine de films à son actif, étalés sur trente ans de carrière, Scatman Crothers a fondu en larmes entre deux prises, incapable de tolérer une minute de plus le harcèlement permanent de Kubrick.

Apocalypse Now décroche la palme

Werner Herzog, l'un des réalisateurs allemands les plus influents de la deuxième moitié du vingtième siècle, a gagné la réputation de savant fou, principalement grâce à son oeuvre "Fitzcarraldo". Sa relation hyper conflictuelle avec sa vedette, Klaus Kinski, relatée dans le documentaire "Ennemis intimes", a beaucoup marqué les esprits, mais pas autant que son idée de monter une bateau à vapeur au-dessus d'une colline, au milieu de la jungle!

Le cinéma français a, lui aussi, connu son lot de tensions, bien avant "La vie d'Adèle". Maurice Pialat, réalisateur atypique disparu en 2003, était considéré comme un véritable tyran. Pendant "Nous ne vieillirons pas ensemble", Jean Yanne et lui s'exaspérèrent tellement l'un l'autre, qu'à partir d'un moment, ils refusèrent de s’adresser la parole. La biographie de l'acteur révèle que l'actrice principale, Marlène Jobert, s'est retrouvée obligée de jouer les messagères pour les deux hommes. Plus dramatique, le traitement terriblement dur, qu'Henri-Georges Clouzot a fait subir à Brigitte Bardot, amena le sex-symbol des années 60 à faire une tentative de suicide, à l'instar de son personnage dans "La Vérité" (1960), le film que réalisait Clouzot à l'époque.

Les relations interpersonnelles ne sont pas les seules causes pouvant gâcher un tournage. Les accidents lors de cascades sont malheureusement relativement fréquents. Ils ont, notamment, coûté la vie à un cameraman de Taxi 2 ainsi qu'à l'acteur Vic Morrow et à deux enfants, lors d'un crash d'hélicoptère pendant "La quatrième dimension". Il arrive parfois aussi que la météo s'en mêle! Alors que Steven Spielberg était à Hawaï pour finir "Jurassic Park", l'île du pacifique fut frappée par le plus grand ouragan qu'elle ait jamais connu.

Mais la palme de la production la plus catastrophique de l'histoire revient, sans aucun doute possible, au bien nommé "Apocalypse Now" (voir photo). Le chef-d'oeuvre de Francis Ford Coppola, sur la guerre du Vietnam, a bien failli rendre fou l'auteur de la trilogie du "Parrain". Le tournage dans la jungle des Phillipines, qui devait initialement durer trois mois et demi, s'est éternisé, frappé par une incroyable série de complications. Les dernières scènes furent mises en boite fin mai 1977, près d'un an et trois mois après le début de la réalisation. Entre temps, la production a été interrompue par un typhon, par des maladies tropicales et à cause du scénario, que Coppola improvisait au fur et à mesure. Il ne faut pas non plus oublier les nombreux remplacements effectués en cours de route, aussi bien au niveau des acteurs que de l'équipe. Coppola a notamment décidé de remplacer Harvey Keitel par Martin Sheen, pour le rôle principal, après à peine deux semaines. De l'avis de toutes les personnes impliquées de près ou de loin, ce tournage fut un véritable cauchemar...