Ce remake du classique du western a plus d’action et de couleurs que l’original.

Après "Ben Hur", après "Ghostbusters", après "Blair Witch", voici le quatrième remake que nous réchauffe Hollywood en un mois. Si tant est qu’on accepte la dimension fantaisiste, sinon fantasmatique, d’un western, ce n’est pas la pire ressucée du moment, quand bien même son intérêt intrinsèque demeure très relatif.

Rappelons pour qu’avant "Les Sept Mercenaires" de John Sturges, en 1960, avec Yul Brynner et Steve McQueen, il y eut six ans plus tôt "Les Sept Samouraïs" d’Akira Kurosawa, dont le Lion d’argent à Venise en 1954 explique la sélection du présent film dans le même festival début septembre. C’est d’ailleurs Kurosawa que crédite le générique, et non Sturges.

L’intrigue de base est légèrement adaptée. Les pauvres paysans sans défense ne sont plus menacés de famine par une armée bandits de grand chemin mais sont l’objet d’un chantage par Bartholomew Bogue (Peter Sarsgaard, cabotin), capitaliste qui, afin d’exploiter l’or que renferment les terres environnantes, veut racheter celles-ci à vil prix.

Le changement essentiel réside dans l’origine des "Sept Magnifiques" (le titre original) recrutés pour faire front. D’uniformément caucasien dans la version de Sturges, le groupe se colore des minorités constitutives des Etats-Unis modernes. Un Afro-Américain (Denzel Wahsington) emmène un Comanche (Martin Sensmeier, authentique Amérindien comme son nom ne l’indique pas), un Mexicain, hors-la-loi de surcroit (Manuel Garcia-Rulfo, de la série "Une nuit en enfer"), et même un Asiatique (supposé Chinois mais incarné par le Sud-Coréen Lee Byung-hun, vu dans "G.I. Joe" et "Terminator Genisys) tandis qu’Ethan Hawke joue un ancien Sudiste d’origine cajun.

Donald Trump se consolera avec Chris Pratt et Vincent D’Onofrio (une nouvelle fois énorme dans sa composition) pour remplir le quota WASP. Pour faire bonne mesure, on ajoute une femme (Haley Bennett, qui arbore un peu trop son décolté dans cet Ouest sauvage) en porte-flingue de secours.

Antoine Fuqua gère cette diversité sans épiloguer sur les origines des protagonistes ou leurs motivations profondes (le gain qu’on leur offre est un maigre appât). Il s’attache surtout à conter avec rythme une histoire dont on connaît les tenants et les aboutissants. Sa mise en scène, efficace, sans maniérisme ni démonstration, modernise dans l’action le matériau de Sturges qui sentait désormais l’amidon.

Préférant surexploiter la poudre plutôt que la réinventer, le réalisateur de "Training Day" perpétue le genre. Il distille quelques citations de la version de 1960 mais emprunte plus au western-spaghetti (la scène où Denzel Washington défie deux cents cavaliers est un hommage à "Mon Nom est Personne") ou sa digestion par Clint Eastwood (la trame de" Pale Rider").

Étonnamment, ce melting-pot remplit son office, purement distrayant. L’opposition entre le "big business" de Bogue et les honnêtes farmers qui ont construit la nation apparaît même comme une variation de l’antiène populaire hollywoodien, ironique, à l’heure où un milliardaire spéculateur s’érige en champion des laissés-pour-compte. L’inattendu destin des minorités dans le film se jugera à l’aune des retours de flamme raciaux dans la société américaine. En l’espèce, "Les Sept Mercenaires" ne déroge pas à la règle : le rêve américain, ça reste du cinéma.


© IPM
Réalisation : Antoine Fuqua. Avec : Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke,… 2h13