La situation inédite que l’on vit depuis plus d’un an a évidemment déjà donné des idées aux scénaristes… La preuve, cette semaine, avec deux films disponibles en VOD qui intègrent le confinement à leur intrigue : Locked Down (production Warner sortie directement sur HBO Max aux États-Unis) et Host (cf. ci-contre).

Locked Down s’ouvre le 27 mars 2020, au lendemain du confinement de l’Angleterre. Boris Johnson vient d’être testé positif au Covid-19. Nous sommes dans une petite maison cossue du sud de Londres. Tout juste licencié, Paxton (Chiwetel Ejiofor, révélé en 2013 par Twelve Years a Slave ) cherche à retrouver son boulot de livreur auprès de son patron pour le moins allumé (Ben Kingsley). Rester à la maison lui semble insurmontable. Depuis plusieurs semaines, cela ne va pas fort en effet avec sa compagne Linda (Anne Hathaway), PDG de la division britannique d’une multinationale du luxe. Toujours tirée à quatre épingles, celle-ci a une réunion Zoom délicate ce matin : elle est chargée d’annoncer leur licenciement à quelques collaborateurs. La cohabitation forcée entre les deux anciens tourtereaux s’annonce longue…


Entre deux blockbusters

On n’attendait pas Doug Liman dans le registre de la comédie de mœurs. Entre deux blockbusters, l’Américain (découvert avec La Mémoire dans la peau en 2001) aime pourtant s’offrir des projets plus personnels. Entre le raté The Edge of Tomorrow et l’excellent Barry Seal , tous deux avec Tom Cruise, il livrait par exemple le quasi expérimental The Wall , huis clos en plein air sur fond de guerre en Irak. En attendant de revenir cette année à la science-fiction avec Chaos Walking (coscénarisé par Charlie Kauffman d’après le cycle littéraire de Patrick Ness), le cinéaste de 55 ans se fait plaisir avec un petit film tourné en vitesse et qui aborde toutes les grandes questions que nous pose l’expérience du confinement.

S’il s’oriente progressivement vers le genre - la transition est d’ailleurs très bien amenée, avec de très chouettes scènes dans les entrailles de chez Harrods -, Locked Down s’interroge d’abord sur ce qu’a fait naître cet enfermement en nous. En tout cas durant le premier confinement, quand il était encore question du "Monde d’après", du "quoi qu’il en coûte", du vaccin comme d’un "bien commun de l’humanité". Bref, avant que la logique libérale reprenne ses droits et que Pfizer empoche des milliards de bénéfices. À ce titre, le film apparaît presque déjà daté, même s’il fonctionne comme une saine piqûre de rappel…

L’esthétique du confinement

Jouant beaucoup avec l’esthétique du confinement, Doug Liman multiplie les appels Zoom et Skype, se joue des lenteurs et autres problèmes de réseau - ce qui lui permet au passage de rassembler, à distance, un joli casting (Ben Stiller, Ben Kingsley…). Tandis qu’il intègre au récit tous ces comportements nés ou accentués par le confinement : livraisons à domicile, consommation d’alcool en hausse, fabrication de son pain, minute de bruit pour les hôpitaux… De quoi lui permettre de mettre en scène avec légèreté les questionnements existentiels nés de cette expérience : remise en question de son boulot, des choix de vie opérés, du système dans lequel on vit, nostalgie des rêves perdus… Dans une comédie qui capte parfaitement l’air du temps.

Locked Down Film de circonstance De Doug Liman Scénario Steven Knigh Musique John Powell Avec Anne Hathaway, Chiwetel Ejiofor, Ben Stiller, Ben Kingsley.. Durée 1h58.

© D.R.

Disponible en VOD sur Telenet, Proximus, BeTV, Apple, Google, YouTube, Microsoft Xbox&Rakuten TV (4,99€).