Cinéma

Quatrième film réalisé par Jean-Paul Rouve depuis Sans arme, ni haine, ni violence (2008), Lola et ses frères offre une continuité thématique avec Les Souvenirs (2015), dernier en date. Dans ce dernier, l’ancien Robin des Bois observait les rapports père-fils par le biais de la disparition de la grand-mère. Toujours avec la collaboration de son coscénariste David Foenkinos, Jean-Paul Rouve explore cette fois les relations au sein d’une fratrie.

Pivot de celle-ci, Lola (Ludivine Sagnier) tente de préserver un semblant de concorde entre ces deux frères timorés. Benoît (Jean-Paul Rouve), opticien à Angoulême, se marie pour la troisième fois - la faute à sa peur de la paternité. Déjà divorcé, Pierre (José Garcia) vient de commettre une grave erreur d’appréciation qui va lui coûter son emploi. Son caractère sanguin ne l’aide guère.

Avocate, Lola voit ses espoirs de maternité et vie familiale inassouvis. Jusqu’à ce qu’un client (Ramzy Bédia) - dont le divorce vient d’être acté - lui fasse une cour sans détour. Face à leurs bouleversements respectifs, le trio va affronter une nouvelle crise familiale larvée durant laquelle chacun devra prendre respectivement ses responsabilités.


Jean-Paul Rouve aime la confusion des genres et une forme d’arythmie. Ni drame, ni comédie, Lola et ses frères est un film qui court le long de la fissure qui apparaît dans un mur au début du film. D’une fracture à l’autre, de saillie en saillie, le réalisateur zigzague entre les registres de l’émotion. Un exercice rare et estimable dans un cinéma de plus en plus formaté et catégorisé.

Dans cette petite comédie humaine, les quatre acteurs trouvent manifestement le plaisir de jouer en dehors des registres où on les enferme souvent. Gravité pour José Garcia, inépuisable gentillesse pour Ramzy Bédia, mélancolie pour Jean-Paul Rouve et détermination fatiguée pour Ludivine Sagnier.

La sobriété recherchée fait paradoxalement un peu trop bien son œuvre. Au point que le film peine à imposer un ton et un rythme qui lui soient propres, à dégager pleinement son capital d’émotion.

Elle est parfois chassée d’un revers de punchline, comme si les auteurs en avaient soudain eu peur. Chassez le naturel, il revient au galop, annulant celui que les personnages avaient acquis les minutes précédentes.

Tout comme on peinerait dans la vraie vie à imaginer les trois comédiens comme frères et sœur, l’assemblage, en dépit de la qualité de chacun.e dans son rôle, paraît parfois un peu artificiel, nonobstant une réelle sympathie pour l’humanité sincère qui en émane.

Réalisation : Jean-Paul Rouve. Scénario : Jean-Paul Rouve et David Foenkinos. Photographie : Christophe Offenstein. Avec Ludivine Sagnier, José Garcia, Jean-Paul Rouve, Ramzy Bédia, Marion Ploquin… 1 h 45.

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