Premier plan : une plage atlantique, déserte et balayée par les vents. Puis, un appartement madrilène. Elena (Marta Nieto) rentre chez elle avec sa mère. Discussion animée sur le célibat de la première, divorcée. Le téléphone d’Elena sonne. C’est son fils, Ivan. L’enfant de six ans est seul sur la plage déserte du début. Il ne sait ni où il est, ni où son père, Ramon. Elena essaie de rester calme, mais la panique point. Que se passe-t-il. Conversation alternée : Elena essaie d’appeler des amis de Ramon depuis un autre téléphone, pendant que sa mère rassure Ivan. Le téléphone de l’enfant est presque à court de batterie, quand approche un homme. Panique soudaine. La communication coupe. Elena quitte l’appartement en trombe pour partir à la recherche de son fils. Plan séquence continu de quinze minutes, époustouflant, qui transmet la peur croissante d’Elena, formidablement incarnée par Marta Nieto. On est happé.

Dix ans plus tard, la même plage, peuplée de vacanciers. Parmi eux, Elena, qui erre encore dans les souvenirs de ce jour funeste. Elle n’a plus jamais quitté ce pays basque où son fils a disparu. Elle est gérante d’un restaurant de plage. Chaque jour, elle parcourt la grève, rituel un jour troublé lorsqu’elle aperçoit Jean (Jules Porier), un adolescent qui a l’âge que devrait avoir Ivan. Trouble : Jean lui rappelle-t-il Ivan ? Elena ne peut s’empêcher de le suivre. Il habite une belle villa, avec ses parents, un grand et un petit frère.

Formidable direction d’acteur

Quelques jours plus tard, Jean s’assied à une table du restaurant d’Elena. Surprise : ce jeune français parle espagnol, qu’il apprend depuis quelque temps. Jean semble plus séduit qu’intrigué par cette femme adulte qui l’a suivi.

Rodrigo Sorogoyen est un formidable directeur d’acteurs. Après El Reino, thriller politico-financier, il le démontre une fois de plus ici, dès sa scène d’ouverture - en réalité le court métrage qui l’a révélé. Travers connu : si une bonne nouvelle, plus qu’un roman, peut faire un grand film, un court métrage, aussi brillant soit-il, ne fait pas forcément un grand film.

Si on reste tout du long accroché à la dérive confuse d’Elena, grâce, notamment à l’interprétation de Marta Nieto, on se perd un peu plus dans les méandres de sa relation confuse avec Jean. La faute sans doute a un portrait trop sommaire de l’adolescent et de sa famille qui déséquilibrent un (long) dernier troisième acte moins convaincant..

Madre Drame de Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen. Scénario: Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen. Avec Marta Nieto, Jules Porier, Anne Consigny,… Durée 2h08.

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