Le premier de nos sens à s’éveiller, à l’âge de 6 ou 7 mois au cœur même de l’utérus, est l’ouïe. À la fois lien au réel et amplificateur d’émotions, le son nous atteint plus profondément que l’image. Cette dimension nous place dans l’angoisse ou l’expectative, nous permettant d’anticiper l’arrivée d’une personne ou la survenue d’un événement. "La trame sonore d’une scène vous installe dans son univers", explique Ai-Ling Lee, qui a travaillé sur Wild. En offrant du relief à l’action, le son donne une tout autre ampleur au film. "Tout l’art du son est cette capacité à interpréter et exprimer ce qui se passe" explique Richard Beggs (Lost in Translation).

Le son est un art de l’illusion, une façon émotionnelle d’appréhender le film et de "s’identifier aux acteurs" note Hans Zimmer (Inception). Il est directement lié à l’imaginaire et aux souvenirs. Pour se convaincre de la force de son pouvoir d’évocation, il suffit de repenser à l’exemple des fictions radiophoniques. Orson Welles, innovateur et véritable "aventurier du son", a notamment eu recours à la réverbération du son pour en augmenter la force symbolique dans le feuilleton radio La guerre des mondes ou le film Citizen Kane.

Le son d’un film est constitué à la fois de la musique, des effets sonores et des voix. Ensemble, ces différents éléments créent une expérience immersive. "Mixer, c’est rassembler tous ces éléments et donner la juste place à chacun d’eux. Si on a la chair de poule, c’est que c’est réussi" résume Anna Behlmer, mixeuse du film Braveheart. En revanche, l’absence de son crée la tension, comme l’a si bien démontré Alfred Hitchcock.


Créer des nouveaux sons "furieusement" naturels

La première expérience de "design sonore" remonte au King Kong de 1933. À l’époque, Murray Spivack manipule des sons naturels de différents animaux pour en créer de nouveaux attribués au gorille géant.

Truffé d’extraits de films et d’interviews, ce documentaire passionnant met en lumière de célèbres duos réalisateur - sound designer qui ont contribué à créer l’identité de films iconiques. Au fil des interviews, on découvre les témoignages de Sofia Coppola (Lost in Translation), Christopher Nolan (The Dark Knight), Ryan Coogler (Black Panther), Robert Redford, Barbara Streisand, Ang Lee, David Lynch, George Lucas, Steven Spielberg, mais aussi John Lasseter, fondateur de Pixar.

Voix, effets spéciaux, bruitages, ambiances et musiques : tous ces sons servent à convoquer un autre monde. Un véritable "cercle de talents" se forme ainsi qui explique comment tout le soin apporté aux moindres détails parvient à nous procurer des frissons.

Au fil des tournages, on découvre le travail de nombreux ingénieurs et monteuses son. Un métier très féminin. La patience et l’attention prêtée aux détails faisant de ces artisans de l’ombre de véritables orfèvres.

À voir dès le 5/02 sur Arte.tv

La magie du son au cinéma/ Making Waves Documentaire De Midge Costin Durée 1h28.

© D.R.