Pour Gabrielle, la vie est un roman, la réalité n’existe pas. Nicole Garcia adapte le roman de Milena Agus.

Mal de pierres" est un film AOC, un film d’appellation d’origine contrôlée, de qualité française : l’histoire est romanesque, le décor sent bon la lavande et le bord de mer, la star s’appelle Cotillard.

La faute aux parents, aux professeurs, ou les deux ? De toute façon, ils ont eu tort de donner à Gabrielle le goût de la lecture. Elle prend "Les Hauts de Hurlevent" à la lettre, se projette dans les personnages au point de se prendre pour une héroïne animée de sentiments incandescents, consumée d’une passion charnelle dévorante. Il faut la voir jeter son dévolu sur son malheureux professeur qui n’a rien demandé.

Pour sa mère, son exaltée de fille a besoin d’un homme bien solide. Comme José, ce jeune saisonnier espagnol chassé par la guerre civile qui porte, sur elle, un regard tendre. Et de mettre Gabrielle devant ce choix : le mariage avec José ou l’asile.

Elle choisit José mais à ses conditions : elle ne l’aime pas et elle ne couchera pas avec lui. C’est pas grave, il va voir les professionnelles le samedi. Alors, un samedi, maquillée et sapée comme Arletty dans "Hôtel du Nord", elle l’oblige à mettre 200 francs sur la table. José s’exécute mais il reste José, il ne devient pas Jean Gabin pour autant.

On dit de certaines personnes qu’elles vivent dans leur monde, qu’elles sont dans les nuages; Gabrielle a un cœur de papier et vit dans un roman. Pour elle, c’est la réalité qui n’existe pas. Un beau lieutenant rencontré dans un sanatorium en Suisse l’attend fiévreusement alors que chez elle, elle n’a pas d’amies, pas de mari. Il y a juste José qui fait tout ce qui pourrait la rendre heureuse, comme lui construire une magnifique maison au bord de la mer. Tout le monde la croit folle. José, lui, attend le mot fin, qu’elle tourne la dernière page.

Dans ce récit, Marion Cotillard occupe passionnément tout l’écran mais c’est finalement José qui intrigue. C’est lui, le personnage le plus romanesque, lui qui vit les sentiments les plus violents, lui qui trouble le spectateur.

Nicole Garcia signe un film d’un grand classicisme dans le meilleur sens du terme avec une mise en scène fluide, une direction d’acteurs irréprochable, un soin méticuleux de chaque détail, une lumière superbe signée Christophe Beaucarne. Mais quelques choix gâchent un peu le plaisir. Comme vouloir faire jouer Marion Cotillard sur le banc de l’école dans cette fresque qui s’étend des années 50 aux années 70. Et puis un manque de foi dans le spectateur auquel elle raconte très subtilement une histoire pour se raviser à la fin en lui expliquant tout platement.

"Mal de pierres" n’en reste pas moins son meilleur film depuis "L’Adversaire".


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Réalisation : Nicole Garcia. Scénario : Jacques Fieschi et Nicole Garcia d’après le roman de Milena Agus. Images : Christophe Beaucarne. Avec Marion Cotillard, Louis Garrel, Alex Brendemühl… 1h56