Le documentariste Nick Broomfield retrace l’histoire d’amour dévorante entre le chanteur et sa muse.

Oslo, juillet 2016. Marianne Ihlen, 81 ans, vit ses derniers instants sur son lit d’hôpital lorsqu’elle reçoit une lettre. Un ami l’ouvre et lit ceci : "Marianne, je veux seulement te souhaiter un très beau voyage. Au revoir ma vieille amie. Mon amour éternel". Cinquante-six ans après leur rencontre, Leonard Cohen clôt de la sorte une histoire d’amour aussi destructrice que dévorante, avant de rejoindre sa muse dans la mort, quelques mois plus tard. Les images sont intimes, touchantes et nous replongent dès la séquence suivante dans la Grèce idyllique des années soixante. Hydra est l’archétype du petit coin de paradis. L’île de la mer Egée ne tolère ni voiture, ni électricité, mais bien une communauté d’artistes bohèmes vivant d’amour, de drogues et d’eau fraîche. Marianne a fui une famille qui lui refuse une vie d’actrice. Leonard débarque de Montréal pour entamer une carrière d’écrivain. Tous deux se croisent, se plaisent, s’aiment dans les eaux translucides et l’illusion de la liberté absolue.

Hydra fait rêver autant qu’elle brise

Lui, sombre et intense, passe ses journées à écrire sous acide. Elle, d’une blondeur étincelante, erre ci et là avec son fils. En documentariste aguerri, Nick Broomfield illustre le tout à l’aide d’une quantité incroyable d’images et sons d’archives. Le spectateur vit à Hydra avec le couple avant de quitter l’île en compagnie de Leonard Cohen, lorsque celui-ci s’envole pour New York et compose ses premiers morceaux. En 1967, mort de trouille, le chanteur monte sur scène, fuit dès la moitié de sa performance, mais se résout à terminer le travail pour lancer la longue et productive carrière que l’on sait. Marianne le rejoint sur place à sa demande, mais le second chapitre de leur histoire est un désastre. "Les poètes font de mauvais maris, regrette l’un des nombreux intervenants du film. Vous ne pouvez pas les posséder. Leonard est l’homme que toutes les femmes voudraient, mais ne peuvent avoir." Le poète canadien au succès rapide et retentissant ne cache pas "son grand appétit pour l’expression sexuelle de l’amitié", traîne avec Janis Joplin et passe de concerts en groupies. Marianne en souffre, finit par se résoudre à mettre un terme à leur histoire après huit ans de relation, et retourne en Norvège pour y mener une vie "normale".

Parfaitement mené, le film ausculte la liberté et ses parts d’ombre. Hydra fait rêver autant qu’elle brise. Marianne n’est que l’une des femmes de Leonard, qui l’invite tout de même au premier rang de son ultime tournée mondiale, lors de son passage à Oslo en 2009. La caméra est là, aux côtés de l’intéressée, lorsqu’elle fredonne le fameux So Long Marianne, qui lui est consacré, avec l’émotion que l’on peut imaginer. L’amour de Leonard est complexe, multiple, mais immortel, comme l’illustre la lettre à nouveau lue lors de cette ultime scène.

Marianne & Leonard : Words of Love Documentaire De Nick Broomfeld Avec Marianne Ihlen, Leonard Cohen… Durée 1h59

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