Cinéma

Mary Stuart était-elle une pauvre créature manipulée par des individus sans scrupule, une femme aux mœurs légères ou une intrigante ne reculant devant aucune manœuvre pour étendre sa part de pouvoir ? Les nombreux films sur la plus illustre reine d’Écosse varient d’opinions mais le cœur du film est à chaque fois le même : un royal crêpage de chignons avec sa cousine Elizabeth, reine d’Angleterre. Cette Elizabeth qui rendit fameuse Cate Blanchett grâce aux deux films de Shekhar Kapur.

Avec l’arrivée de femmes derrière la caméra, des sujets sont remis sur le plateau et sont éclairés d’un angle radicalement différent. C’est ce qui rend intéressant cette Mary, queen of Scots, observée du point de vue de la Britannique Josie Rourke.

Cette metteuse en scène, en provenance du théâtre, s’attache à montrer qu’être une reine en charge du pouvoir, ce n’est pas être un roi. Les femmes sont confrontées à des problèmes spécifiques.


D’abord, leur position est contestée par le pouvoir religieux. Hyper puissant au XVIe siècle et exclusivement masculin, celui-ci tient les femmes pour des êtres inférieurs, voire dangereux et même malfaisants qu’il faut écarter du trône, d’une manière ou d’une autre.

Ensuite, prendre leur cœur est le moyen le plus simple, le plus rapide, le plus économique pour devenir roi.

Enfin, la maternité est une force et une faiblesse. L’arrivée d’un enfant peut légitimer le pouvoir ou le déstabiliser suivant l’identité du père, notamment.

Même si Josie Rourke - est-ce un clin d’œil ? - manifeste un intérêt spectaculaire pour les coiffures de ses deux reines, elle ne met jamais en scène un crêpage de chignons, une rivalité entre furies. Bien au contraire, tout en réhabilitant l’intelligence politique de Mary Stuart, elle montre comment l’une et l’autre affrontent un environnement masculin, comment elles renoncent à leur féminité, comment elles deviennent des hommes.

Est-ce vouloir être une reine et une femme qui a perdu Mary Stuart ? Josie Rourke la dépeint pleine d’énergie, de charisme, de poigne, de tempérament, d’assurance ; bref comme une exceptionnelle personnalité politique dotée d’une vision à long terme et d’un sens du sacrifice hors de portée des hommes. Elle n’est pas sans rappeler le portrait qu’en faisait John Ford. Mais le cinéaste brossait-il celui d’une héroïne historique ou de sa comédienne Katherine Hepburn ?

Josie Rourke trouve en Saoirse Ronan une interprète fascinante. Peut-être trop, le reste de la distribution paraît un peu fade tant son charisme électrise l’écran.

Pourquoi, avec une telle comédienne et un éclairage totalement renouvelé, le film se traîne-t-il pendant deux heures ? Certes, on connaît la fin, mais c’est plutôt du côté de la mise en scène que cela coince. D’une part, le scénario se prend les pieds dans les détails et sombre parfois dans la confusion en faisant disparaître les enjeux. D’autre part, le choix d’une comédienne de premier plan incarnant une figure complexe au milieu de personnages grossièrement brossés, prive le film d’ambiguïté et de tension. Quant à sa vision de l’Ecosse, elle doit beaucoup aux cartes postales.

Conclusion, on n’a pas fini de tourner des films sur Mary Stuart.

Mary, Queen of Scots / Marie Stuart, reine d’Écosse Drame historique De Josie Rourke Scénario Beau Willimon d’après le livre de John Guy Avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Guy Pearce Durée 2h 05.