Cinéma

C’était il y a 10 ans jour pour jour, relate la Dernière Heure. Déjà. Marie Trintignant disparaissait à 41 ans, après une scène de violence conjugale. Bertrand Cantat, son compagnon de l’époque, et accessoirement leader du groupe de rock Noir Désir, s’est alors retrouvé entre les mains de la justice.

Aujourd’hui, si de nouveaux témoignages n’ont de cesse d’apporter un nouvel éclairage sur l’affaire et ses protagonistes, si l’un temps inculpé et emprisonné Cantat tourne la page et prépare un album solo, le souvenir encore vivace d’une grande actrice et surtout d’une enfant chérie hante toujours ses parents. Nadine Trintignant n’a jamais cessé d’évoquer sa fille, à laquelle la réalisatrice avait notamment confié le rôle de l’héroïne de Victoire ou la douleur des femmes.

Mais alors que le triste anniversaire de la disparition de Marie approchait, sa mère confiait dans les colonnes de Gala ne pas “désirer mentionner” cette date. Elle préfère parler de cette mère, de cette fille, de cette comédienne (elle avait joué dans une trentaine de films) au présent.

À ses petits-enfants, Roman, Paul, Léon et Jules, elle raconte donc Marie. “Quand on parle des gens, ils continuent d’exister. […] J’ai avec eux les mêmes rapports de liberté que j’ai eu avec Marie.” Même si, aujourd’hui devenus grands, ses quatre petits-fils se sont éloignés, chacun ayant grandi auprès de son propre père (les quatre enfants sont issus d’une relation différente).

Leur grand-mère reconnaît en eux “l’amour de la vie” qui était si cher à Marie, de même que son “énergie”. “Durant ces trois premières années que l’on sait fondamentales pour un enfant, elle leur a transmis l’essentiel, je pense. Mais elle les a quittés trop tôt, beaucoup trop tôt…”, regrette Nadine Trintignant.

Si la passion du cinéma a toujours réuni la famille Trintignant, la mère de Marie se souvient l’avoir mise un peu en garde. “ Un jour, je lui avais dit qu’il était très difficile d’être comédienne et heureuse – c’est un métier guère équilibrant. Des années plus tard, elle m’a rappelé cette phrase en me disant : tu avais complètement raison, c’est très dur, mais je ne regrette pas.

Retour sur un drame très violent

Si Marie Trintignant séjournait à Vilnius (en Lituanie) à l’été 2003, c’est parce qu’elle tournait dans la capitale un téléfilm, Colette, une femme libre. La liberté, c’est peut-être, au sein du couple qu’elle formait avec Bertrand Cantat, ce qui a conduit au drame. Par manque ou par excès. Ce qu’on sait de cette nuit du 26 au 27 juillet, c’est qu’à la suite d’un SMS de son ancien compagnon, Samuel Benchetrit, reçu par Marie Trintignant, une dispute éclate. Le sang de Cantat ne fait qu’un tour. Rouée de coups, Marie gît au sol. Bertrand la déplace dans le lit. Appelle le frère de Marie. Ce n’est qu’au matin que le compagnon violent appellera les secours. Marie Trintignant décédera quelques jours plus tard, après son rapatriement en France. L’acte d’accusation délivré à l’époque par le parquet de Vilnius était accablant, le procureur voulant juger le chanteur pour “homicide volontaire”. “Nous considérons, contrairement à ce qu’il prétend, que M. Cantat a volontairement donné la mort à Marie Trintignant. Il était conscient de ce qu’il faisait. Par ailleurs, son attitude après l’évanouissement de la victime montre qu’il n’a rien fait pour tenter de la sauver.” En outre, les médecins légistes avaient abouti à la conclusion que les coups de poing portés à la tête de la victime (4, parmi 19 sur l’ensemble du corps) ont conduit à sa mort cérébrale. Bertrand Cantat sera condamné à huit ans de prison. En fera quatre. Pas assez ou suffisamment, le débat divise encore aujourd’hui.

Alors que l’ex-enfant chéri du rock français prépare son premier album solo pour novembre. Après un petit retour sur scène en 2010, année où son ex-épouse, Krisztina Rady (qui avait aussi confessé la violence de Cantat), s’est donné la mort.