Les acteurs ne manquent jamais de l'affirmer, c'est plus exaltant de jouer les méchants. Mais c'est aussi plus risqué que de jouer les héros. Harrison Ford, à qui je demandais, voici une dizaine d'années, s'il avait envie de jouer un méchant, me répondit ceci: « Je ne crois pas que le public souhaite me voir dans cet emploi-là. J'ai compris cela avec Mosquito Coast. J'ai trouvé le caractère de cet inventeur intéressant et complexe mais il fut reçu très négativement par le public qui n'a pas aimé me voir dans ce rôle. Je connais mes limites. D'ailleurs, je suis un peu jaloux d'acteurs comme Tommy Lee Jones ou John Malkovich qui ont la liberté artistique de pouvoir tout essayer. Je n'ai pas cette liberté, on n'a pas besoin de moi pour interpréter un méchant. Même si du point de vue de l'acteur c'est souvent plus intéressant. Je sais ce que le cinéma attend de moi, je connais mes obligations vis-à-vis de l'histoire, du film, du public.»

Depuis, Harrison Ford s'est ravisé, dans «What lies beneath», mais sans convaincre. C'est que cela demande des qualités spécifiques et les «bons» méchants sont rares. Évidemment, avec un flingue, un couteau, un bazooka, on peut toujours faire peur mais ceux dont l'ombre suffit à faire trembler la toile sont rares. Une composition comme celle de Tim Roth dans «Rob Roy», on n'en voit pas tous les ans.

Où les acteurs vont-ils puiser cette énergie maléfique? S'inspirent-ils de personnages réels? Ce point d'interrogation est tombé voici quelques jours, quand à la suite d'un attentat israélien à Gaza, on a vu sortir des décombres, entouré de ses fidèles, un vieil homme au regard perçant, le visage encadré d'un foulard immaculé et d'une barbe blanche. Saroumane? Non, cheikh Yassine, le leader du Hamas. Pas de doute possible, on sait où Christopher Lee est allé puiser son inspiration. De quoi revoir «Le Seigneur des anneaux», cette quête d'une Terre promise du Milieu, sous un nouvel angle géopolitique. Reste à identifier quel comédien s'inspire de Sharon, le collègue terroriste et néanmoins ennemi de Yassine.

Réponse dans le «Retour du roi»?

© La Libre Belgique 2003