Cinéma

À bientôt 60 ans, Brett Ridgeman (Mel Gibson) est toujours simple officier de police à Bulwark. Aux côtés de son collègue Anthony Lurasetti (Vince Vaughn), il continue de parcourir les rues pour coffrer malfrats et autres dealeurs. Leur dernière interpellation tourne malheureusement au vinaigre. Un voisin du Latino qu’ils étaient venus cueillir au petit matin a filmé une scène où l’on voit clairement Brett abuser de la force avec le suspect, sous les rires de son acolyte. La vidéo sera en ligne dans quelques heures…

Le lieutenant Calvert (Don Johnson) n’en veut pas vraiment à ses deux flics, juste de s’être fait prendre, mais il est obligé de les suspendre pendant six semaines sans solde. Sans le sou alors que son épouse malade (Laurie Holden) le presse de déménager - leur jeune fille étant régulièrement agressée dans le quartier -, Brett se laisse tenter par un coup tordu et franchit la ligne rouge, entraînant son jeune collègue à ses côtés…

Mel Gibson, trop vieux pour ces conneries

Dévoilé l’année dernière à la Mostra de Venise, Dragged Across Concrete marquait le grand retour à l’écran de Mel Gibson, dans un polar où l’ex-star de L’arme fatale retrouve un rôle de flic qui lui va toujours comme un gant. "J’ai passé l’âge de ces conneries", semble-t-on l’entendre chuchoter, désormais plus proche de la retraite que des cascades (à l’instar de son ancien partenaire Danny Glover). Ceci dit, la comparaison s’arrête là car avec Dragged Across Concrete, on n’est pas du tout dans le rire ou le second degré, mais bien dans un film noir d’encre, qui rend hommage au cinéma hollywoodien des années 70. Si l’histoire est contemporaine, inscrite dans le contexte très réaliste d’une grande ville américaine fictive - le film a été tourné à Vancouver - gangrenée par la pauvreté et la violence, la mise en scène reprend des codes très seventies. Et notamment ceux d’une violence très crue.


Pour son troisième long métrage après Bone Tomahawk (2015) et Brawl in Cell 99 (2017), le réalisateur et scénariste américain S. Craig Zahler accouche d’un polar sous forme d’une tragédie dense, dont les personnages sont tous tirés vers une logique individualiste égoïste et hors-la-loi pour échapper à des conditions d’existence misérables. Assez magistral dans ses ressorts, le scénario est haletant, de quoi faire passer comme une lettre à la poste ce thriller de 2h40. D’autant que chaque personnage est particulièrement bien creusé (malgré quelques facilités dans leurs motivations) et campés par des acteurs en grande forme. Et notamment Mel Gibson, très convaincant en vieux flic aigri au bout du rouleau.

Dommage qu’en en rajoutant dans la noirceur et dans l’ultra-violence, S. Craig Zahler se permette quelques scènes très complaisantes, dont il pense qu’elles renforceront le propos, alors qu’elles ne font que le desservir. Sur la violence, le racisme et l’individualisme qui ravagent son pays, le cinéaste pose néanmoins un regard pour le coup sans aucune complaisance. Quitte à déranger une certaine vision bien-pensante de la société multiculturelle américaine. Son amertume radicale tranche singulièrement avec la production hollywoodienne habituelle (ce qui explique sans doute que le film ait été produit au Canada…).

Dragged Across Concrete Polar De S. Craig Zahler Scénario S. Craig Zahler Photographie Benji Bakshi Avec Mel Gibson, Vince Vaughn, Laurie Holden, Tory Kittles, Don Johnson, Jennifer Carpentier… Durée 2h39.

© IPM