Mardi soir, Terry Gilliam présentait "The Zero Theorem" en Compétition (cf. LLB du 3/9). Pour le rôle de la jeune prostituée virtuelle chargée de séduire Christopher Waltz, le cinéaste a imposé, contre l’avis de ses producteurs, qui auraient préféré une star américaine, Mélanie Thierry. Une chance pour la jeune femme, qui tourne pour la première fois dans une production internationale depuis ses débuts à 16 ans dans "La légende du pianiste sur l’océan" de Giuseppe Tornatore en 1998…"J’ai ma french touch, s’amusait-elle hier dans un anglais parfait, face à une poignée de journalistes. Une façon différente de dire mes répliques, un petit quelque chose de particulier. Et puis c’est aussi simple que ça : je correspondais parfaitement au personnage. J’avais le sentiment que je pouvais l’incarner complètement. Parfois, on ne comprend pas vraiment pourquoi mais ça marche. Ça n’arrive pas très souvent en fait… Ce personnage est arrivé à un moment où je sortais de quelques rôles dramatiques. J’avais besoin de quelque chose de plus léger. Et je me suis dit : c’est pour moi ! Je suis dans la bonne énergie."

L’année dernière, Mélanie Thierry a notamment interprété un rôle douloureux dans "Ombline", premier film de Stéphane Cazes. "J’incarnais une jeune fille qui accouche en prison. C’était un rôle très difficile. J’ai plongé très loin en moi-même. J’ai travaillé avec des femmes incarcérées. J’ai passé quelques mois avec elles en leur donnant des cours de théâtre. Tous les matins, j’étais là-bas avec elles. Cela a complètement changé ma vie parce que j’ai découvert quelque chose de totalement nouveau, de très difficile, de très fort. Cela m’a bouleversée parce que je suis mère moi aussi. Mais ce rôle a vraiment pesé sur mes épaules. Dans mes autres films, je joue aussi toujours une fille malade ou qui va mourir, une dépressive avec un gros nuage sombre au-dessus de la tête. Je viens de tourner le dernier film de Denys Arcand. Je joue une fille suicidaire. La vie est trop dure pour elle, elle ne peut tout simplement plus vivre, c’est au-dessus de ses forces. Après tous ces personnages, j’avais besoin de quelque chose de léger, de coloré. Juste pour respirer, me reconnecter avec quelque chose de sucré en moi-même."


Les yeux tournés vers le monde

Avec son petit ventre rond et son grand sourire, la jeune Française apparaît en tout cas détendue et heureuse. Sans doute aussi parce que, même si le film ne connaîtra sans doute pas une large distribution, "The Zero Theorem", présenté dans un grand festival, offre à Mélanie Thierry une belle exposition à l’international."C’est toujours gratifiant de pouvoir travailler à l’étranger. Il ne s’agit pas seulement d’aller jouer aux Etats-Unis mais de pouvoir tourner avec un réalisateur espagnol ou un Israélien. Partir ailleurs pour se sentir libre, sans frontières. C’est tellement chouette de faire sa valise et de passer du temps dans une nouvelle culture, de découvrir une nouvelle façon de travailler. Tout est à chaque fois nouveau. Et c’est agréable de quitter le petit milieu du cinéma parisien…"

Cette forme de consécration, Mélanie Thierry la prend avec le sourire et spontanéité, sans prendre la grosse tête en tout cas ! Pas étonnant pour une jeune femme qui n’a jamais rêvé de devenir actrice… "J’ai commencé comme mannequin. Un mannequin de petite taille, rigole-t-elle. A l’école, on devait faire un stage. Je l’ai fait dans une agence de mannequinat. J’avais 14 ans et je me disais que ce serait amusant d’être là-bas, de pouvoir peut-être voir quelques top-models. Je n’étais pas du tout intéressée par le cinéma; je viens de banlieue, d’une famille totalement ordinaire… Après mon stage, ils m’ont demandé à continuer à travailler avec eux, mais cette fois comme mannequin. Et j’ai dit oui ! Je ne m’y attendais pas du tout mais cela a très bien marché. J’ai travaillé avec de grands photographes. Je m’amusais beaucoup. J’avais 14 ans, j’allais à l’école puis j’allais faire une photo avec Naomi Campbell. Wouw ! J’ai fait un shooting important pour le ‘Vogue Italie’. Giuseppe Tornatore a vu ces photos et il m’a engagée pour tourner dans ‘La légende du pianiste sur l’océan’ aux côtés de Tim Roth. J’avais 16 ans et j’ai trouvé ça super. Pour mon premier film, j’étais dans une production internationale, avec une star. Je n’avais pas grandi avec cette passion de devenir actrice, cet amour de la beauté des mots. Je n’avais pas envie d’aller au Conservatoire pour devenir une grande actrice dramatique. Non, ça m’est arrivé et cela m’a plu. Cela m’a rendue heureuse, a rempli ma vie. Pourquoi arrêter ? Au fur et à mesure, j’ai pris du plaisir à jouer et j’ai compris que je touchais à des choses auxquelles j’étais sensible…" Une sensibilité que Mélanie Thierry a souvent mise au service de jeunes réalisateurs, de premiers films. Même si on a pu la voir cet été dans "Pour une femme" de Diane Kurys, tandis qu’elle sera l’année prochaine à l’affiche de "Deux nuits" du Québécois Denys Arcand. Ensuite ? "Maintenant, je dois d’abord être une bonne machine reproductrice puis on verra…"