New York, années 80. Virée de son boulot alimentaire, Lee Israel (Melissa McCarthy) rentre dans son petit appartement de l’Upper West Side et nourrit son vieux chat. Plus tard, elle se rend à une fête donnée par son agent littéraire dans un superbe appartement avec vue sur Central Park. Là, cette lesbienne vieillissante snobe Tom Clancy, s’enfile un double Scotch, pique à bouffer, deux rouleaux de papier toilette entamés et le manteau chic d’une invitée et met les voiles. Autrefois autrice à succès de biographies, elle est aujourd’hui sans perspective de contrat. Totalement fauchée, elle vend une lettre que lui avait adressée Katharine Hepburn pour pouvoir payer son loyer et soigner son chat malade. Mais aussi les tournées de Scotch Soda qu’elle s’enfile au bar du coin avec Jack, homosexuel anglais qui partage son goût pour l’alcool, sa misanthropie et son amour immodéré du sarcasme.

Lors de recherches à la New York Public Library sur la comédienne Fanny Brice, dont elle prépare une biographie qui n’intéresse aucun éditeur, elle tombe sur deux lettres de sa main, qu’elle s’empresse de revendre pour une bouchée de pain, tant le contenu est fade. C’est là qu’elle a une idée : et si elle arrangeait un peu ces lettres de stars ?


McCarthy au sommet

Grâce à ce rôle d’écrivaine acariâtre, alcoolique et dépressive, Melissa McCarthy a décroché une nouvelle nomination logique à l’Oscar. Pas si éloignée finalement de ses rôles comiques lourdingues (dans Ghosbusters ou Spy par exemple), l’actrice met en effet son goût pour la vulgarité et l’ironie au service d’un personnage qui semble avoir été écrit pour elle. Lee Israel a pourtant bel et bien existé.

Marielle Heller adapte en effet ici son livre-confession Can You Ever Forgive Me ?, dans lequel elle racontait en 2008 ses mésaventures de faussaire littéraire. Un travail que prenait très au sérieux cette écrivaine qui, dans ses biographies comme dans ses fausses lettres, a toujours préféré se cacher derrière le talent des autres. Et elle prenait tellement à cœur de se glisser dans la peau et dans le style de ses modèles, qu’elle était devenue, selon elle, "une meilleure Dorothy Parker que Dorothy Parker elle-même". La poétesse et scénariste fut en effet l’une des victimes préférées de Lee Israel, aux côtés de Louise Brooks, Marlene Dietrich ou encore du dramaturge Noël Coward.

Comédienne, Marielle Heller a fait ses débuts de réalisatrice en 2015 avec le très beau The Diary of a Teenage Girl , d’après le roman graphique autobiographique de Phoebe Gloeckner. Tout change a priori ici : l’époque (on passe des Seventies aux Eighties), la géographie (New York succède à San Francisco) et la tonalité (nettement moins enlevée, pour ne pas dire dépressive). Tandis que la mise en scène se fait beaucoup plus posée, en hommage au cinéma indépendant new-yorkais, littéraire et intello, des années 70 et 80. Pourtant, on retrouve dans Can You Ever Forgive Me ? le goût pour une héroïne trouvant sa voie en marge des impositions morales de la société américaine. Lee Israel est, certes, une escroc, mais des plus attachantes, car elle avait trouvé, dans cette activité illégale, une façon d’exprimer son talent littéraire…

Can You Ever Forgive Me ? Comédie littéraire De Marielle Heller Scénario Nicole Holofcener&Jeff Whitty (d’après le livre de Lee Israel) Avec Melissa McCarthy, Richard E. Grant, Dolly Wells… Durée 1 h 47.

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