Mélodie pour une petite frappe

H.H. Publié le - Mis à jour le

Cinéma

En quatre films, Jacques Audiard est parvenu à revisiter et complètement réinventer le film noir à la française, prouvant qu'il était bien plus qu'un fils à papa. Car jamais il n'a cherché à s'inscrire dans la lignée de Michel Audiard; au contraire, il a cherché à approfondir ses propres questionnements sur l'identité à travers une réflexion sur la communication difficile, voire impossible, pour ses héros en marge, notamment dans les relations père-fils, au centre de son dernier film.

Après le magnifique «Sur mes lèvres», il nous offre avec «De battre mon coeur s'est arrêté» un nouveau petit bijou d'épure et de concentration. Epure tout d'abord car Audiard ne s'embarrasse aucunement d'effets de manche visuels ou narratifs. Il préfère faire confiance à un classicisme revisité. Concentration ensuite, car dès les premières images, on reste scotché aux basques de son héros, Tom, agent immobilier véreux, violent et déconnecté du monde. Entouré de ses «collègues» et amis, le jeune trentenaire passe en effet ses journées à virer manu militari des sans-papiers de l'immeuble qu'ils viennent d'acheter ou à chercher à truander l'une ou l'autre banque. Au point qu'il semble aspiré par une spirale sans fin qui le mène à flirter toujours un peu plus avec les frontières de la légalité.

UNE PORTE DE SORTIE

Son salut, il le trouvera dans la musique, quand un ancien professeur l'incite à passer une audition. L'intrigue est alors nouée: comment Tom pourra-t- il faire cohabiter deux personnalités antagonistes: l'une de petit dur, à l'image de son père; l'autre d'artiste, à l'image de sa mère décédée, pianiste concertiste de renom.

Au centre du récit, la musique est ici utilisée par Audiard comme révélateur mais aussi comme moteur des motivations de son héros. Elle accompagne en effet chaque étape de son parcours et de son déchirement, symbolisant à merveille deux mondes et deux approches de la vie en société. De l'électro qu'il écoute à plein tube dans son casque en déambulant seul dans les rues de Paris, aux heures qu'il passe en compagnie de Bach. Car il trouve dans le piano non seulement une source d'apaisement mais aussi une forme de communication. Car malgré la barrière de la langue, c'est avec sa répétitrice vietnamienne qu'il vit ses seuls véritables échanges...

Pour donner corps à ce dilemme douloureux, Jacques Audiard a trouvé l'acteur idéal en la personne de Romain Duris. Totalement imprégné par son rôle, il campe une boule de nerfs prête à exploser à chaque instant mais qui, assis devant sa partition, transfère cette tension sur les touches du piano. Le comédien fait en tout cas montre d'un réel talent, qui demande juste à être canalisé, comme a su le faire Jacques Audiard.

Duris est en outre secondé par une galerie de seconds rôles remarquablement croqués, à commencer par le père cynique et inquiétant (Niels Arestrup), mais aussi le pote Fabrice (Jonathan Zaccaï) et sa douce Aline (Aure Attika). Bref, un casting sans faille pour un petit chef-d'oeuvre de noirceur et de violence intérieure.

© La Libre Belgique 2005

H.H.

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